Branle-bas diplomatique européen à Paris
L’Histoire accélère, alors qu’approche le troisième anniversaire de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le 24 février 2022. Ce dimanche a été confirmé la réunion lundi à Paris des dirigeants des principaux pays de l’Union européenne (France, Allemagne, Pologne, Italie…), mais aussi du Royaume-Uni, en présence du secrétaire général de l’Otan. Cependant, sans les États-Unis, puissance tutélaire de l’Alliance atlantique.
Sur un coup de téléphone
Les causes de ce branle-bas diplomatique remontent à mercredi. Sans prévenir ses alliés européens, le nouveau président américain Donald Trump téléphone au président russe Vladimir Poutine une heure et demie durant, puis annonce sur X leur décision de « travailler ensemble de façon très étroite », y compris en se rendant visite l’un l’autre — aucun dirigeant européen ne s’est rendu à Moscou depuis trois ans.
Le même jour à Bruxelles, son ministre de la Défense explique à ses collègues de l’Otan qu’il n’est pas question pour l’Ukraine de revenir à ses frontières de 2014, avant l’annexion de la Crimée, ni d’adhérer à l’Alliance — entérinant ainsi deux lignes rouges de la Russie.
Vendredi, son vice-président JD Vance prononce devant la Conférence sur la sécurité de Munich un discours très agressif contre l’Europe, vantant les vertus de l’extrême droite. Le lendemain, toujours à Munich, son envoyé spécial sur l’Ukraine, le général Keith Kellog, affirme que les Européens ne seront pas invités à la table de négociation réunissant « les deux belligérants et un médiateur » — soit la Russie et l’Ukraine, avec les États-Unis.
Dans la foulée est annoncée une première réunion de négociation dans la semaine en Arabie saoudite entre États-Unis, Russie et Ukraine — l’Ukraine précise aussitôt ne pas en être informée. Ce bref rappel ne donne qu’une toute petite idée du tourbillon agitant le continent depuis quelques jours.
Les débuts de la présidence Trump agissent comme un « électrochoc » pour l’Europe, constatait Emmanuel Macron vendredi dans le Financial Times. Le monde entier, singulièrement le Vieux continent, s’en trouve plongé dans une « incertitude stratégique extrême ».
« Bâtir les forces années d’Europe »
Que devrait faire l’Europe ? « Nous avons des renseignements selon lesquels la Russie va envoyer des troupes en Biélorussie cet été », avertit le président ukrainien. « Peut-être pour attaquer l’Ukraine. Ou pas. Peut-être que c’est pour vous attaquer, vous. (La Russie) compte créer quinze nouvelles divisions, c’est plus que la plupart des armées de la plupart des pays européens. Pour le salut de l’Europe et de notre avenir commun, il faut devenir autosuffisants. »
Et Volodymyr Zelensky de conclure : « Nous devons bâtir les forces armées d’Europe ».
Cela suppose beaucoup d’argent : si la France devait augmenter son budget de la défense à 3 % du PIB, cela coûterait environ 25 milliards d’euros, plus que l’effort prévu cette année pour réduire le déficit.
Cela implique une Union européenne capable de surmonter les vétos des amis de Pouline, tels la Hongrie et la Slovaquie, pour pouvoir livrer davantage d’armes et d’argent à l’Ukraine et imposer de nouvelles sanctions à la Russie.
« Cinq à dix ans » d’efforts
Cela réclame du temps – Emmanuel Macron évalue à « cinq à dix ans » le temps nécessaire à muscler la défense européenne. Cela suppose aussi et d’abord l’appui des opinions européennes, peu préparées au retour de la guerre à leurs portes.
On mesure l’importance de la réunion de ce lundi à Paris, et de celles qui ne manqueront pas de suivre les prochains jours. L’Europe est soudain sommée de faire face à un adversaire ne voulant pas vraiment la paix (« le pouvoir russe actuel a besoin de la guerre pour se maintenir », affirme Volodymyr Zelensky), au côté d’un allié convaincu que ses priorités sont ailleurs, au Proche-Orient et surtout en Asie. On a connu position plus confortable.
Francis Brochet. Le Dauphiné Libéré. 17/02/2025