Elon Musk, l’homme le plus riche du monde et ministre de Donald Trump multiplie les soutiens aux extrêmes droites d’Europe et joue la division entre États. En face, la Commission européenne réfléchit à un « bouclier démocratique » aux contours flous et à l’échéance lointaine. Quel est le but de Musk ? Et peut-on l’arrêter ?
La Commission européenne a finalement réagi après des semaines de silence face aux provocations des États-Unis, sans mentionner explicitement Elon Musk ou Donald Trump. Ursula von der Leyen a constaté un échec de l’ordre mondial basé sur la coopération. Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive chargée de la souveraineté numérique, a déclaré qu’une réponse forte était nécessaire face à l’ingérence étrangère. Musk a soutenu les partis d’extrême droite en Europe, notamment en Allemagne, en offrant une tribune à Alice Weidel pour diffuser sa propagande.
« Retour de l’impérialisme américain »
« On assiste à la création d’une internationale fasciste, coordonnée par Musk, et qui s’inscrit dans un retour de l’impérialisme américain », résume Manon Aubry, coprésidente du groupe La Gauche au Parlement européen. Le réseau social cristallise les tensions. Les appels à quitter X, ou à sa régulation sont nombreux depuis, et beaucoup émanent de la gauche. « Je comprends que des militants préfèrent partir, c’est devenu un réseau social extrêmement violent, en particulier pour les femmes, mais notre rôle, comme politiques, est avant tout de faire respecter les règles », estime Manon Aubry.
Et X est soumis aux règlements européens. Ceux-ci permettraient en effet de sévir, surtout le Digital Services Act (DSA), qui vise à lutter contre la propagation de contenus illicites. Twitter est justement sous le coup d’une enquête, lancée fin 2023, car le réseau social contreviendrait à plusieurs de ses obligations. Pour commencer, il n’est clairement pas au niveau en matière de modération des contenus illégaux (racisme, sexisme, appels à la haine, au harcèlement, proxénétisme…) ou de lutte contre la désinformation.
Diviser les États Européens
Twitter est accusé de violer le principe de loyauté algorithmique, notamment en manipulant la recommandation des contenus. La Commission européenne a demandé des informations à Twitter concernant ces systèmes. L’eurodéputée Aurore Lalucq a soumis une plainte à l’Arcom, notant qu’elle voit fréquemment des tweets d’Elon Musk sans les demander. Elle affirme que Musk utilise Twitter pour promouvoir son agenda politique, qui semble diviser les États européens, en s’alliant avec l’extrême droite en Italie et en Hongrie pour contrer une interdiction potentielle de Twitter. Ce scenario résonne avec l’expérience du Brésil, qui avait temporairement bloqué le réseau social l’été dernier après des tensions sur la censure.
La souveraineté numérique de l’UE en question
« Nous sommes face à une volonté économique et politique de sa part, tout ce qui peut fragiliser l’Europe est bienvenu, pour éviter qu’on applique ces règlements », assure Bernard Benhamou, secrétaire général de l’Institut de la souveraineté numérique. Ce que Steve Bannon faisait avec ses usines à trolls et son média complotiste Breitbart pour appuyer l’extrême droite européenne, Elon Musk l’industrialise avec X et sa force de frappe dans l’opinion publique. « Et cela fonctionne, on l’a vu du fait de l’absence de réponse concertée, unifiée de l’Europe sur la question du Groenland déjà, poursuit Bernard Benhamou. Ils voient qu’ils peuvent défier l’Europe, l’humilier, et j’ai peur qu’on n’ait encore rien vu. »
Autre exemple symptomatique, Sarah Knafo, eurodéputée d’extrême droite Reconquête, s’est vue confié par la Commission la rédaction d’un rapport sur la souveraineté numérique européenne. Elle était d’ailleurs invitée, avec Éric Zemmour, à la cérémonie d’investiture de Donald Trump le 20 janvier. La souveraineté numérique européenne n’avait pas besoin de ce nouveau coup de poignard.
Échapper aux régulations
Les dirigeants des grandes entreprises technologiques, conscients des implications des règlements européens, ont cherché à protéger leurs intérêts. La Commission européenne a imposé une amende de plus de 1,8 milliard d’euros à Apple pour abus de position dominante. Meta est également sous enquête pour publicité trompeuse sur ses plateformes. En 2019, un désaccord sur une taxe sur les GAFAM a entraîné des menaces de sanctions de la part de Donald Trump. Bernard Benhamou critique l’inefficacité européenne face à la concurrence, tout en soulignant la fermeture des marchés publics aux États-Unis. De plus, Trump a récemment proposé un plan de financement de 500 milliards de dollars pour l’intelligence artificielle.
« Une absence de stratégie industrielle »
L’ancien dirigeant de la BCE, Mario Draghi, a proposé un système d’endettement commun pour des investissements stratégiques de 800 milliards par an, soulignant les lacunes dans l’approche actuelle, qui se concentrait uniquement sur la régulation. Bernard Benhamou avertit qu’une absence de politique industrielle pourrait conduire à un crash au ralenti, surtout face aux restrictions américaines sur les exportations de technologies liées à l’IA. Manon Aubry déplore le manque de stratégie industrielle en Europe, craignant que sans des leaders responsables, la situation ne s’améliore pas. Parallèlement, la Commission européenne élabore un « bouclier démocratique » pour contrer la désinformation étrangère et protéger les choix électoraux des citoyens.
Un gendarme européen du numérique ?
Mais si la décision a été prise en décembre 2024, la commissaire Henna Virkkunen n’a pas encore lancé de consultation publique à ce sujet. Une autre piste discutée à gauche est la création d’un gendarme numérique à l’échelle de l’UE, un Arcom amélioré, doté d’une gouvernance citoyenne, en charge de lutter contre les contenus haineux et le harcèlement avec un droit de regard sur les algorithmes.
« On n’est pas pour censurer les réseaux sociaux, mais il faut poser des règles : on peut faire cohabiter liberté d’expression et lutte contre les contenus haineux. Mais cela ne suffit pas d’imposer des règlements si on ne donne pas aux autorités indépendantes les moyens de les appliquer », précise Manon Aubry. C’est que les dépenses de lobbying des GAFAM sont en moyenne chaque année 4 fois supérieures au budget de la CNIL. L’Europe hésite, pas ceux qui la menacent.
D’après Pierric Marissal – Une synthèse. Source
Je ne vois pas ce qui empêcherait d’interdire Twitter X et je ne comprends pas qu’il faille un budget supérieur à la CNIL pour cela.
Manon Aubry est comme d’habitude en dehors du sujet