Tenir une interview…

Entre recherche de vérité et accréditation éhonté de Fake New

La scène n’est pas inédite, hélas, mais elle est édifiante. Une passe d’armes tendue entre le journaliste Patrick Cohen et le président du parti d’extrême droite Union des droites pour la République (UDR), Éric Ciotti, dans l’émission « C à vous » du 29 octobre 2024.

Objet de cette joute verbale ?

La décision de la SNCF de ne pas céder aux éditions Fayard les quelque six cents panneaux d’affichage de ses gares, que l’éditeur souhaitait louer pour sa « Blitz-campagne » de promotion du prochain livre de Jordan Bardella. « Vous en êtes sûr, que ça aurait été interdit aux autres ? » questionne Éric Ciotti, avant d’avancer une explication éminemment complotiste de l’événement : « C’est la domination des syndicats d’extrême gauche qui ont contraint à cette censure. C’est quoi la prochaine étape : l’autodafé ? »

Faire peur. Insinuer. Crier au loup et à la censure…

Comme le rappellent Michaël Fcessel et Étienne 0llion dans leur dernier essai, Une étrange victoire, « il est éminemment risqué de jouer le jeu démocratique avec des personnes qui n’en respectent pas les règles ».

On comprend mieux, à travers ce livre, la façon dont le discours d’extrême droite a creusé sa voie dans la banquise démocratique, en faisant dériver le débat d’idées vers un duel de convictions et d’affirmations plus ou moins sincères et le plus souvent fantaisistes.

Le chroniqueur de C à vous ne s’est pas laissé piéger : au débat d’opinions, il a opposé la simple exposition des faits. Et à la théorie du complot, l’exigence de la preuve : « Pour prouver qu’il y ait censure, fait remarquer Patrick Cohen à l’homme politique, il faudrait que d’autres livres de partis politiques, de chefs de partis ou d’élus en cours de mandat aient pu bénéficier de publicités pour leurs livres, ce qui n’est pas le cas ».

 Pas sûr que cela suffise à protéger le débat public contre l’affabulation populiste, comme le prouve l’actualité de l’autre côté de l’Atlantique.

Là-bas, huit années d’une guerre sans merci entre les fake news et le fact-checking ont plus abîmé une démocratie aujourd’hui proche de la ruine que la réputation de Donald Trump auprès de son électorat. Mais c’est l’honneur du journalisme de tenir, et ne rien lâcher.

C’est surtout son métier — qu’a très bien fait Patrick Cohen en opposant la cruelle évidence de l’article 8 des conditions générales de vente de Média-transports (la régie de la SNCF) aux insinuations indignes et dangereuses de son interlocuteur : « Tout message publicitaire présentant un caractère politique, confessionnel […] est prohibé » sur les panneaux d’affichage dans les gares, est-il rappelé. Et la machine populiste s’est, pour quelques minutes au moins, enrayée


Olivier-Pascal Mousselard. Télérama. N° 3094. 06/11/2024


2 réflexions sur “Tenir une interview…

  1. bernarddominik 07/11/2024 / 14h45

    Il s’agit de censure, on peu toujours chercher de bonnes raisons, et on en trouve toujours une pour censurer celui dont les idées ne conviennent pas.

  2. Danielle ROLLAT 07/11/2024 / 20h34

    Ceux qui souhaitent se le procurer le trouveront aisément en librairie sur commande, s’il n’est pas mis en valeur en vitrine..

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