Psy monstres…

Comment aborder les œuvres d’auteurs ayant commis des actes répréhensibles, qu’ils soient criminels, racistes ou simplement choquants ?

Cette question nous interpelle tous, surtout ceux qui refusent de se contenter de solutions simplistes comme la « séparation » ou l’« assimilation » de l’artiste et de son œuvre.

On devrait pouvoir laisser tranquilles les artistes décédés, ceux devant hier ou d’hier, cela ne changerait en rien le cours de l’histoire.

Pour les vivants, c’est tout autre chose ; il y a ceux qui ont fait la morale à tout le monde et ont eu des comportements criminels ; ceux qui, au contraire, ont été assez transparents sur leurs côtés sombres.

À partir de là, faut-il cesser d’écouter Bertrand Cantat et continuer de regarder les films de Woody Allen.

Dans « Les Monstres. Séparer l’œuvre de l’artiste ? » (Grasset), Claire Dederer, critique de cinéma au « New York Times », affronte ces dilemmes en faisant son examen de conscience. Objet de sa propre expérience, elle étudie avec minutie l’effet que produit sur elle la révélation de la monstruosité d’un auteur dont elle adore l’œuvre.

Il y a comme une physique de la déception : c’est une tache, qui circule, s’étend, se transforme, envahit tout ou s’estompe. Dans son livre, elle ne se fait jamais procureure. Au contraire, elle se jette à corps perdu dans ces débats brûlants d’une manière extrêmement lucide, intime et courageuse. Elle évoque ses goûts, ses contradictions, son histoire sans oublier d’explorer, dans un chapitre bouleversant, sa part monstrueuse à elle.

Que l’on soit d’accord ou non avec Claire Dededer, l’ouvrage est d’un bout à l’autre drôle, sincère et intelligent.

Elle explore les liens entre la monstruosité et le génie, chez les hommes comme chez les femmes, s’interrogeant sur la possibilité même d’un « art vertueux ». Elle réalise que les questions qu’elle se pose sont, après tout, celles d’une consommatrice ordinaire et que c’est le fort du capitalisme de la laisser se démerder avec la morale quand trois notes de Miles Davis lui chavirent le cœur.

Elle décrit aussi sa quête vaine pour trouver une autorité légitime qui lui dicterait comment appréhender les auteurs monstrueux.


D’après Mara Goyet. Le Nouvel Obs (extraits) n° 3136. 31/10/2024


2 réflexions sur “Psy monstres…

  1. bernarddominik 06/11/2024 / 9h53

    Une belle question l’art et la vertu. Céline reste, quoi qu’il en soit, un grand écrivain très novateur.
    Que sait-on de Léonard de Vinci ou de Praxitèle ?
    Quoi qu’il en soit il ne reste que l’œuvre.

    • Libres jugements 06/11/2024 / 11h10

      Bernard, l’art (ou ce qui est considérée comme telle par certains), peut-il être jugé uniquement sur ce qu’il représente à l’instant de sa vision, sa lecture ou de son écoute. Comment ne pas prendre en compte la vie, les actions, l’engagement personnel de leur auteur ?
      Oui entre autre Céline a écrit de belles choses, mais comment ne pas tenir compte du personnage, de son encouragement à importer– diffuser le fascisme, et oublier ses nombreuses dénonciations.
      Michel

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