La possible réélection de Donald Trump rend fous les journalistes français. Et c’est un journaliste qui l’écrit, rejetant le terme de fasciste appliqué à celui « qui multiplie les coups médiatiques à succès qui le rapprochent de l’électeur, un jour serveur chez McDonald’s, le lendemain conducteur d’un camion poubelle. Sans parler des coups du sort qu’il a su déjouer : deux attentats ont fait de lui un miraculé, lui conférant une dimension quasi mystique ».
Bientôt, il va multiplier les burgers. Mais surtout, dit-il, les journalistes français veulent rejouer le match de « la bien-pensance contre les sans-dents ».
Le politiquement correct contre le petit peuple soutenant celui qui veut déporter en masse les étrangers, misogyne, acquis au lobby des armes, pour qui le réchauffement climatique est une fable, soutenu par un hypermilliardaire prêt a se faire la malle sur Mars quand lui et ses semblables auront rendu la planète invivable.
Maurice Ulrich
Trump « kidnappé » par les généreux donateurs, possesseurs de la Tech… ou comment certaines entreprises américaines attendant l’élection de Donald, visent à terme l’hégémonie mondialisée de leurs industries.
Jamais élection présidentielle américaine n’aura à ce point été marquée par la force de l’argent. Et l’élite de la Silicon Valley en est la meilleure illustration. Historiquement, la Californie porte des valeurs progressistes alignées sur le camp démocrate. Et cela reste en partie vrai à San Francisco, où Joe Biden avait récolté plus de 85% des suffrages en 2020.
Mais un puissant club de grandes fortunes de la tech a basculé dans le camp Trump. Non seulement ces personnalités – super riches et super influentes – soutiennent publiquement l’ex-président… mais elles versent des centaines de milliards pour favoriser sa réélection, via le système non plafonné des super comités d’action politique (super PAC).
Le plus visible des militants pro-MAGA (« MakeAmerica Great Again ») est bien sûr le patron de Tesla et SpaceX, Elon Musk. Persuadé que les démocrates veulent faire entrer les immigrés en masse pour voler l’élection, il a transformé son réseau social X (ex-Twitter) en super instrument de propagande, y favorisant 24 heures sur 24 mensonges et théories conspirationnistes.
Il galvanise lui-même les foules lors des meetings. Et, non content d’avoir personnellement donné plus de 132 millions de dollars, il distribue à présent aux « bons » électeurs des chèques de 1 million de dollars !
Mais Musk est loin d’être seul. David Sacks, du fonds capital-risque Craft Ventures, qui s’était prononcé contre Trump à la suite de l’insurrection du 6 janvier 2021, est devenu le pilier de ce lobby tech. Le capital-risqueur vedette Marc Andreessen (célèbre pour avoir inventé le premier navigateur internet, Mosaic), qui a toujours voté démocrate, a expliqué que, cette fois, ce serait Trump.
Même soutien de la part du cofondateur de la société de big data Palantir, Joe Lonsdale, du richissime ultraconservateur Peter Thiel et d’une bonne partie de ses anciens collègues de « la mafia Paypal » (du nom de la start-up vendue à eBay au début des années 2000) qui ont ensuite investi dans Airbnb, Twitter, Uber, Facebook ou Lyft…
Ces libertariens radicaux, qui veulent affaiblir l’Etat fédéral, reprochent son projet d’instaurer une taxe de 25 % sur les plus values latentes des multimillionnaires et sa propension à mener des enquêtes antitrust, au camp démocrate trois péchés capitaux :
- sa volonté de « sur-réguler » l’industrie,
- l’intelligence artificielle
- les cryptomonnaies (dans lesquelles ils ont lourdement investi) ;
A contrario, ils louent les positions de Trump en faveur de la « liberté d’expression » (comprenez la censure antiwoke), les promesses de dérégulation et de baisse des taxes et la rhétorique pro-business et pro-riches. Ils ont beaucoup pesé dans le choix du sénateur J. D. Vance comme vice-président du ticket. Car l’homme est l’un des leurs : il a lancé sa propre firme de capital-risque, Narya Capital, en 2020, avec le soutien de Thiel, d’Andreessen, et de l’ancien patron de Google Eric Schmidt.
Plus grave : Donald Trump lui-même encourage ces mécènes à considérer leurs donations comme des « investissements business ».
Il a ainsi expliqué, en avril, aux magnats du pétrole et du gaz que sa promesse de ne pas limiter les explorations d’hydrocarbures… valait bien 1 milliard de dollars de contributions ! L’élection présidentielle est ainsi devenue un terrain de jeu, où une poignée de magnats voient en Trump une marionnette pour prendre le pouvoir. Et ça marche : sur les cryptomonnaies, le candidat républicain est passé d’une position où il comparait le bitcoin à une « arnaque »… à la promesse qu’il allait faire des Etats-Unis « la cryptocapitale de la planète ». Trump est un danger pour la démocratie ? Il fait l’objet de quatre procédures criminelles et de multiples procès civils ? Ses anciens collaborateurs, eux-mêmes, le qualifient de « fasciste » ? Il se moque du réchauffement climatique, du droit à l’avortement et des droits humains des migrants ? Peu importe pour ces pro-MAGA opportunistes… tant qu’ils peuvent continuer à s’enrichir. Jamais la politique américaine n’a été l’otage de tant de cynisme.
Dominique Nora. Nl Obs. N03136. 31/10/2024
Nausée..
La décadence de « l’empire » américain.