À qui la faute du dérapage des finances publiques ? La question a suscité mardi de vifs échanges à distance entre des sénateurs et les gouvernements précédents.
D’un côté, un rapport du Sénat dénonce un « sentiment général d’irresponsabilité et de déni de réalité » de la dégradation des finances publiques, couvert par un « double discours » des gouvernements d’Élisabeth Borne puis Gabriel Attal. De l’autre, les deux ex-Premiers ministres, leurs ministres de l’Économie Bruno Le Maire et du Budget Thomas Cazenave, fustigent un « réquisitoire d’opposants politiques », « truffé de mensonges ». Au milieu, une querelle budgétaire qui fissure le bloc central de Michel Barnier.
L’objet technique de la querelle est la soudaine aggravation du déficit budgétaire pour l’année 2024. Calé à 4,4 % du PIB en décembre 2023, au moment du bouclage du projet de budget, il se creuse à 5,1 % en avril, puis dérape à 6,1 % en septembre.
Pour les sénateurs Claude Raynal (PS, Haute-Garonne) et Jean-François Husson (LR, Meurthe-et-Moselle), respectivement président et rapporteur de la commission des finances du Sénat, c’est le résultat d’une « irresponsabilité budgétaire assumée », selon le titre du rapport présenté mardi. Le gouvernement Borne, en fonction jusqu’en janvier 2024, puis le gouvernement Attal, les deux avec Bruno Le Maire comme ministre de l’Économie, se seraient contentés « de demi-mesures en catimini, justifiées par des calculs politiques à courte vue » — en clair, les élections européennes de juin puis les législatives de juin-juillet.
Bilan contre bilan
Les mis en cause n’ont pas tardé à répliquer.
À peine achevée la présentation des deux sénateurs, ils ont organisé une prise de parole commune auprès des médias.
Pour se défendre, d’abord : loin de négliger la dégradation de la situation, ils ont pris des mesures, en ont préparé d’autres, qui devaient limiter le déficit.
Pour contre-attaquer, ensuite : le gouvernement de Michel Barnier a choisi d’ignorer les économies préparées par ses prédécesseurs pour préférer augmenter les impôts.
La querelle est très politique. Les anciens gouvernants ont défendu leur bilan sous l’étiquette « Renaissance », soit le parti du chef de l’État. Le principal procureur, Jean-François Husson, appartient à la majorité de droite du Sénat sur laquelle veut s’appuyer le Premier ministre.
C’est donc bien les deux têtes de l’exécutif, par troupes interposées, que confronte cette bataille de chiffres. Les prochains jours diront s’il s’agit d’un simple coup de sang ou d’un motif de divorce. Il faut en effet rappeler, car on l’oublierait assez vite, que Renaissance et Les Républicains sont supposés unis dans un « bloc central » soutenant le président et le Premier ministre.
Francis Brochet. Le Dauphiné Libéré. 20/11/2024