Ils ont bien orchestré la panique…

… sur la dette de l’État Français

[…] Les gouvernements passent mais l’antagoniste demeure.
Elle gagne même du terrain, malgré les promesses de ceux qui se succèdent au pouvoir, tous pétris du même paradigme économique. Ce qui n’empêche aucunement les nouveaux arrivants, à chaque passation, d’y aller de leur alarmisme pour préparer les esprits au carnage. Ainsi, déjà en 2007, le premier ministre François Fillon se trouvait, d’après ses mots, « à la tête d’un État qui est en situation de faillite sur le plan financier ».
Mais à la fin du mandat de Nicolas Sarkozy en 2012, la dette avait progressé de 25 points pour presque atteindre les 1 900 milliards d’euros.

  • Un « prétexte pour justifier les coupes claires dans le financement des services publics »

« Qu’il n’y ait pas un euro de plus à la fin de mon quinquennat par rapport à son début en termes de dette », s’engage alors François Hollande, qui quittera l’Élysée avec 10 points de dette supplémentaires.

Un libéral – un vrai, un dur – le remplace : « Ne pas réduire nos dépenses courantes et notre dette serait irresponsable pour les générations à venir », promet, en 2017, Emmanuel Macron.
Sept ans plus tard, à la fin du deuxième trimestre 2024, la dette française avait progressé de 1 000 milliards d’euros (+ 17 points) pour dépasser les 3 200 milliards. Soit 112 % du PIB annuel au lieu des 60 % fixés par les critères européens, eux-mêmes arbitrairement définis par les libéraux.

La faute au Covid et le fameux « quoiqu’il en coûte », jurent-ils. La faute à notre « modèle social », ajoutent-ils, assurant les uns après les autres que « la France vit au-dessus de ses moyens ».

Rebelote avec Michel Barnier cette année, qui dès son arrivée à Matignon prend un air solennel. « La situation budgétaire que je découvre est très grave », déclare-t-il, mi-septembre, juste avant de promettre une nouvelle cure d’austérité. Le premier ministre a bâti un projet de loi de finances pour 2025 sabrant 40 milliards d’euros de dépense publique.

Une purge dramatique pour les services publics. Et pourtant, selon le baromètre Elabe du 3 octobre dernier, « 82 % des Français jugent urgent de réduire la dette publique en France », fanfaronne, sur son site Internet et sous couvert de pédagogie, le ministère de l’Économie, qui se drape dans une prétendue légitimité populaire.
La dette, qui sert de pilule pour faire avaler l’austérité, est en réalité peu à peu devenue une arme libérale de destruction massive des aspirations populaires. […]

  • « Depuis 1979, nous sommes à plus de 1 300 milliards d’euros d’intérêts versés aux marchés financiers »

« Il y a deux manières de conquérir et d’asservir une nation, l’une est par les armes, l’autre est par la dette », disait même John Adams, deuxième président des États-Unis.

La citation a plus de deux cents ans mais elle fait toujours recette. La dette n’est pourtant ni bonne ni mauvaise par essence : tout dépend de ce qu’elle sert à financer et de la façon de la rembourser !

Concernant la dette française, d’où vient-elle ?
Pas de notre modèle social. Il est d’ailleurs parfaitement possible de la réduire sans s’attaquer à la dépense publique. Un exemple ? Elle était à 160 % du PIB en 1945, et est tombée à 20 % du PIB vingt plus tard, période pendant laquelle la France n’a pas du tout eu recours à l’austérité, bien au contraire.

« La dépense publique permet une consommation et des investissements qui seront à leur tour sources de recettes futures », insiste la députée PS Christine Pirès-Beaune. Le tournant de notre dette actuelle s’est opéré dans les années 1970 avec la financiarisation de l’économie et la fin d’une politique d’emprunts gérée avec la Banque de France.
« Notre dette depuis tient à la fois aux cadeaux fiscaux que nous avons faits aux plus riches, à certaines crises économiques typiques du capitalisme et au remboursement des intérêts de la dette elle-même ! Depuis 1979, nous sommes à plus de 1 300 milliards d’euros d’intérêts versés aux marchés financiers. Autant d’argent qui ne va pas au développement des services publics, à la justice sociale et à la transition écologique. Il est là le véritable boulet de la dette », s’indigne Éric Bocquet, spécialiste du sujet.

  • Des privatisations qui font perdre plus de milliards aux caisses de l’État qu’elles n’en ont fait gagner

Pour autant, la situation est-elle devenue désespérée ? « La France n’est pas endettée à hauteur de 3 200 milliards d’euros sur la seule année 2024 mais sur huit ans et demi, soit la durée moyenne de nos emprunts. Cela fait passer la dette de 112 % à 13 %, ce qui est moins effrayant », rappelle Éric Coquerel, président (FI) de la commission des Finances de l’Assemblée nationale. L’épargne des Français, elle, est supérieure à 6 000 milliards d’euros. Le pays est donc loin de la ruine, et des solutions existent. […]


Emilio Meslet. Le quotidizn l’Humanité. Source (Extraits)


2 réflexions sur “Ils ont bien orchestré la panique…

  1. bernarddominik 22/11/2024 / 8h47

    Le calcul d’Éric Coquerel est stupide car l’état ne possède pas le PIB, si on regarde la dette par rapport aux prélèvements de l’état on passe à 28 ans, et si on rétablit la vérité c’est à dire la part de l’état et des comptes sociaux alors on constate que ce n’est pas le social le problème mais l’état. Quant aux services publics de quels services publics parle t on ? La charge de la dette est le second budget de l’état. Il faut cesser de l’accroitre puis la rembourser. C’est indispensable pour libérer notre pays du chantage des prêteurs. Au lieu d’avoir un déficit de 5% un excédent de 3% du pib permettrait de rembourser la dette en 30 ans. La gabegie des aides sociales est à revoir, est il normal que des dizaines de milliers de réfugiés soient toujours à la charge de l’état 4 ou 5 ans après leur arrivée en France. La France paie 600000 retraités en Afrique, sans savoir qui est en vie (dont 400000 en Algérie). Je connais des camerounais installés en France qui font venir toute leur famille pour bénéficier de nos hôpitaux gratuits. Nos territoires d’outre mer sont des gouffres financiers. Dans certaines îles la quasi totalité des salariés sont fonctionnaires ou retraités de l’état. Mais le problème c’est que l’état ne maîtrise plus les comptes publics.

  2. rblaplume 22/11/2024 / 23h39

    RBLAPLUME
    Il est vrai que la dette est source d’inquiétude bien orchestrée sauf pour les marchés financiers qui répondent présents. Cette main invisible offre plusieurs fois les sommes sollicitées par le Trésor français pour obtention de nouveaux prêts à 1 an, 5 ans 10 ans voire 30 ans.
    Les Marchés n’aiment pas l’instabilité politique, les proto-états, les États défaillants, les infrastructures à l’abandon, le système scolaire en déshérence, la couverture sanitaire dégradée, l’incapacité à faire rentrer les impôts, les chefs d’États médiocres.
    Les marchés savent faire un état des lieux précis pour ces pays emprunteurs. Ils apprécient des pays sans turbulences ni violence car le monde des affaires en pâtit. Tous les jours, dans l’actualité, notamment internationale, pour qui sait lire entre les lignes, nous en apportent la preuve. .
    Quant à la dette de la France, elle roule et ne peut pas être comparée à un budget d’une famille sauf à agir sous le coup de la démagogie.
    D’autre part, il y a plusieurs dettes :
    d’État, des ménages, des entreprises, des structures financières, des étudiants (exemple les États-Unis), et bientôt la dette écologique.
    Maintenant la dette écologique et les pertes humaines des guerres (Ukraine, Soudan, Cisjordanie, Gaza, Liban, Irak, Syrie etc…) peuvent-elles être définies ?
    Quant aux pertes fiscales légalisées comme l’optimisation fiscale, les niches fiscales prospères ou les fraudes multiples comme la fraude à la TVA, aux cotisations sociales et patronales, à la taxe carbone, ainsi que , l’argent sale recyclé ( traite des humains, drogues, etc.…). De l’argent, ce pays n’en manque pas.
    Les dividendes les plus élevés de l’Union européenne sont célébrés par les journaux financiers ainsi que le rachat d’actions. Les PDG français revendiquent des salaires et des compensations financières de hauts niveaux. Car ils le méritent bien. Ces centaines de milliards permettraient d’équilibrer le budget en faveur de notre modèle social, nos services publics, nos infrastructures, notre recherche et notre économie. Nous pourrions remédier aussi à notre endettement.
    Mais le veut-on vraiment ?
    Pour ce qui est de l’évasion dite inacceptable de prestations sociales vers nos anciennes colonies, je doute de son montant. De plus, ça pourrait s’apparenter, si elle est légale, à une forme de soutien à ces pays qui peut contribuer à stabiliser le flux d’immigration vers l’Europe. Nous versons bien à la Chine au titre de pays en voie de développement plus de 100 millions d’euros par an, dans le cadre de l’OCDE !

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