« L’effet cliquet » désigne l’impossibilité de revenir en arrière une fois certaines mesures exceptionnelles adoptées, même si l’on a des doutes sur leur légitimité.
Un exemple récent de ce phénomène pourrait être celui de la vidéosurveillance dite « algorithmique ».
C’est-à-dire l’utilisation dans l’espace public de caméras associées à des logiciels utilisant l’intelligence artificielle, capables théoriquement de détecter des mouvements de foule ou d’individus « suspects ».
Malgré les inquiétudes de nombreux défenseurs des libertés publiques, la loi du 19 mai 2023 relative aux jeux Olympiques et Paralympiques a autorisé « à titre expérimental et jusqu’au 31 mars 2025 » l’usage de cette vidéosurveillance intelligente.
Un rapport d’évaluation indépendant devait être remis au Parlement, d’ici à la fin de l’année, afin d’analyser les résultats d’activité des cent quatre-vingt-cinq caméras augmentées mises en place pendant la durée des JO. Et voilà que les autorités n’attendent même pas ce rapport pour manifester leur volonté de pérenniser le dispositif.
Le 25 septembre déjà, le préfet de police de Paris, Laurent Nuisez, avait expliqué aux députés que le bilan était « très positif » : « Le gouvernement décidera ou pas de proroger cette mesure, mais moi, je ne vous cache pas qu’on y sera évidemment extrêmement favorables. »
La semaine dernière, entre autres propositions vagues prononcées sur un ton patelin au cours de sa déclaration de politique générale, Michel Barnier y a également fait allusion : « Les Français nous demandent d’assurer la sécurité dans chaque territoire. Sur ce point, nous généraliserons la méthode expérimentée pendant les jeux Olympiques et Paralympiques. »
Pour l’instant, rien d’autre n’a été précisé.
Mais dans les tuyaux du Parlement se trouve aussi une proposition de loi, cosignée par… Bruno Retailleau, le nouveau ministre de l’Intérieur, et déjà votée par les sénateurs, qui permettrait aux services de renseignement l’usage de la reconnaissance faciale en temps réel, afin d’identifier des individus « faisant peser une menace grave et immédiate sur l’ordre public ».
Le texte prévoit une mise en place là encore « à titre expérimental », pour une durée de trois ans. Bientôt un deuxième effet cliquet
Thomas Bécard. Télérama N°3900. 09/10/2024