Le contre budget du RN

« En l’état actuel des choses, ce budget n’est absolument pas acceptable » : le député RN Thomas Ménagé a ainsi justifié samedi [12/10/2024] sur franceinfo la volonté de son parti de présenter un « contre-budget » mercredi [16/10/2024], jour du début de l’examen du projet du gouvernement en commission de l’Assemblée nationale.

« Des lignes rouges très claires » ont été selon lui franchies, sur la taxe sur l’électricité, la baisse du remboursement des consultations médicales, la hausse des taxes dans le transport aérien — ainsi que l’augmentation de la fiscalité sur le gaz proposée par la ministre de la Transition écologique et de l’Énergie, aussitôt balayée par son collègue du Budget.

Le créneau de la « nouvelle droite sociale »

Cette initiative traduit « la volonté du Rassemblement national de se positionner comme parti de gouvernement, un parti responsable en mesure de s’imposer sur un sujet très technique », analyse le politologue Luc Rouban.

Marine Le Pen prétend en effet incarner la seule alternative.

Elle renvoie le bloc de gauche dans un très vaste « parti unique » allant « de Laurent Wauquiez à Jean-Luc Mélenchon, en passant par Emmanuel Macron » reprenant la posture d’extrême droite de Jean-Marie Le Pen face à la « bande des quatre » (PC, PS, UDF et RPR).

Le Rassemblement national ambitionne au-delà d’occuper le créneau de la « nouvelle droite sociale », estime Luc Rouban.

Une droite combinant « l’autorité, le retour de l’État et la protection des plus modestes, des catégories populaires, des retraités ».

Barnier, dangereux et utile

Les retraités sont essentiels, souligne Luc Rouban.

Le RN a recueilli 27 % de leurs voix au premier tour des législatives, davantage qu’aux élections précédentes, mais encore en retrait de son résultat d’ensemble (33,2 %) ; en revanche, il a atteint 36 % chez les 50-64 ans, ces futurs retraités qui, en nombre, pèsent très lourd dans l’électorat.

Le député RN Sébastien Chenu a ainsi mis en avant le gel temporaire des pensions de retraite comme motif de voter une motion de censure.

La menace a cependant peu de probabilité d’être mise à exécution.

Certes, « Michel Barnier est un danger pour le RN », poursuit Luc Rouban, car « il incarne justement la droite sociale, avec l’avantage sur le RN d’avoir l’expertise de la gestion ». Mais le faire tomber sans solution de rechange, dans l’impossibilité constitutionnelle d’organiser de nouvelles législatives avant juin prochain, « abîmerait l’image de responsabilité gouvernementale » que recherche le RN.

« Et puis Barnier est utile, il fait le sale boulot pour tout le monde en apurant les comptes publics », constate Luc Rouban.

Marine Le Pen a fixé le calendrier, en réponse à la déclaration de politique générale de Michel Barnier : elle exige une nouvelle loi sur l’immigration « au premier trimestre 2025 ».

C’est sur son thème fétiche qu’elle veut faire tomber le gouvernement — et toujours sur l’immigration qu’insistera sans doute le « contre-budget », mercredi 16 octobre 2024.


Francis Brochet. Le Dauphiné Libéré. 13/10/2024


Une réflexion sur “Le contre budget du RN

  1. bernarddominik 14/10/2024 / 8h39

    N’oublions pas la mesure phare de Marine Le Pen: supprimer l’impôt sur le revenu pour les moins de 30 ans, même les milliardaires (au nom de l’égalité!). Une mesure qui ne va pas arranger les finances publiques.

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