Comme prévu, le débat budgétaire en cours à l’Assemblée nationale tourne au tohu-bohu. Pris sous le feu croisé d’une gauche favorable à la taxation des plus aisés et d’une droite qui préconise des coupes dans les dépenses, le projet du gouvernement présenté comme un « texte équilibré » est mis en pièces.
Pour ne rien arranger, le « socle commun » censé soutenir le gouvernement se disloque. Les groupes qui le constituent ont déposé des centaines d’amendements… Et vont jusqu’à rechercher le soutien des oppositions pour les faire adopter ! Du jamais-vu sous la Vᵉ République.
Pour l’heure, le Premier ministre, Michel Barnier, qui a promis de « coconstruire la loi de Finances », laisse l’examen se dérouler au risque d’étaler les divisions de son camp. Sans majorité, il se prépare pourtant à engager la responsabilité de son gouvernement (article 49.3) afin de doter le pays d’un budget.
Sa méthode pour éviter l’adoption consécutive d’une motion de censure ? Retenir, parmi la masse des amendements adoptés, ceux qui proposeront des économies ou des recettes compatibles avec sa vision des choses.
Taxation exceptionnelle des plus riches, report de l’indexation des retraites, baisse des remboursements de la Sécu ou réduction des dotations aux collectivités locales… Aux yeux des économistes Gabriel Zucman et Olivier Blanchard, un tel tour de vis budgétaire ne peut que diminuer une croissance déjà anémiée. De quoi inciter les députés à prendre leurs responsabilités ?
L’examen de la partie recettes devant la commission des Finances a illustré le contraire. Avec l’appui de représentants du MoDem, de la Droite républicaine et même du Rassemblement national (RN), l’insoumis Eric Coquerel se félicite d’avoir détricoté le texte gouvernemental en y ajoutant 6o milliards de recettes fiscales. « Il y a une majorité à l’Assemblée pour voter notre programme », jure-t-il. Contre toute évidence : à l’issue de l’examen en commission, l’addition des taxes a été retoquée par les élus macronistes, Liot, LR et RN.
Aussi confuse soit-elle, cette foire d’empoigne marque la fin du « choc d’offre » macronien, politique « pro-business » de réduction des charges des entreprises et de réforme du marché du travail qui visait à atteindre le plein-emploi. La croissance ainsi générée devait permettre de remplir les caisses de l’État. Grossière erreur de calcul. Faute d’avoir maîtrisé les dépenses publiques qui ont explosé avec le « quoiqu’il en coûte » de la crise du Covid et l’assistance au redémarrage de l’économie, le pari du président de la République se solde par un échec.
Comment justifier désormais la dissimulation du dérapage financier ?
Dès novembre, Bruno Le Maire, ex-mamamouchi de Bercy, sera cuisiné par une commission d’enquête parlementaire. Cette mise en accusation ne peut que favoriser la petite entreprise de Michel Barnier. En dépit de leurs cris d’orfraie, Gabriel Attal et Gérald Darmanin, qui furent ministres du Budget, devront se montrer solidaires d’un Premier ministre qui hérite des mécomptes de leur gestion.
Reste pour le gouvernement à conjurer la jonction des voix du RN à celles du Nouveau Front populaire (NFP) lors du vote de probables motions de censure. Très critiques à l’égard d’un budget qui « fait les poches des Français », les 143 députés lepénistes maintiennent la pression. D’où les concessions que le gouvernement a fait en exemptant les petites retraites de la désindexation temporaire envisagée et peut-etre en renonçant à la réévaluation de la taxe sur les voitures polluantes.
Marine Le Pen devrait s’en contenter. Soucieuse de sa « présidentialité », la patronne du groupe RN se veut responsable.
Celle qui comparaît au procès des emplois fictifs au Parlement européen a surtout intérêt à conserver une arme politique qui pourrait lui être utile, dans quelques mois, en cas de verdict infamant et de condamnation à une peine d’inéligibilité. Elle pourrait alors être tentée de se retourner contre « le système », en commençant par le gouvernement.
Sylvain Courage Nl OBS N° 3135. 24/10/2024
Choisir entre la faillite et moins de croissance, entre 2 maux il faut choisir le moindre. C’est certain qu’en empruntant 170 milliards et les reinjectant dans l’économie la croissance va grimper. Mais c’est illusoire, car dès l’an prochain ça rajoutera 5 à 6 milliards aux agios à payer chaque année. Et cette technique s’appelle faire de la « cavalerie » (emprunter pour rembourser). Le service de la dette est le second budget de l’état, si la note de la France est dégradée il deviendra le premier budget, avant l’éducation nationale.
Hélas..