Le « scandale des enfants du Nord », met à nouveau en lumière les dysfonctionnements de l’Aide sociale à l’enfance (ex-Ddas). Une commission parlementaire va être relancée pour identifier les manquements du secteur.
Depuis lundi, le tribunal de Châteauroux juge le scandale « des enfants placés du Nord ». De 2010 à 2017, ces jeunes étaient envoyés dans le centre de la France par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) du Nord pour des séjours au grand air, loin de leur quotidien difficile. Mais les associations sur place ne bénéficiaient d’aucun agrément.
« 30 000 éducateurs manquants »
Une nouvelle lumière cruelle sur les manquements de l’ASE. Et un rappel de l’urgence d’une remise à plat de l’accueil des enfants vulnérables. C’est la mission des parlementaires qui ont relancé, la semaine dernière, leurs travaux sur le sujet.
La commission d’enquête parlementaire, chargée « d’identifier les manquements de la politique de l’aide sociale à l’enfance, de cibler les défaillances de la gouvernance de cette politique », reprendra début novembre. Créée en avril, elle a disparu moins de deux mois plus tard avec la dissolution de l’Assemblée nationale.
Relancée après un vote à l’unanimité des députés, elle doit faire des recommandations sur les réponses législatives, réglementaires et budgétaires à apporter à la crise que traverse la protection de l’enfance, mais aussi sur l’articulation entre les collectivités et l’État.
Car l’affaire « des enfants placés du Nord » est la dernière d’une série de scandales ayant les mêmes victimes : des enfants de l’ASE (anciennement Ddas). Des jeunes à la vie déjà cabossée et qui se sont heurtés à encore pire (violences, travail dissimulé, prostitution…), malgré leur prise en charge par ce service départemental.
« C’est quotidien, des histoires d’une violence inouïe nous remontent tous les jours », alerte la députée socialiste du Val- de-Marne, Isabelle Santiago, éphémère rapporteuse de la commission d’enquête.
Moyens insuffisants, manque de contrôles, personnels pas ou mal formés et décisions de justice non exécutées sont les principaux facteurs de cette « crise systémique de la protection de l’enfance » pointée par le Conseil économique, social et environnemental (Cese) dans un rapport publié la semaine dernière. Le secteur a beaucoup de mal à recruter. Selon Isabelle Santiago, « il manque 30 000 éducateurs » pour s’occuper des 350 000 jeunes pris en charge par l’ASE. Des éducateurs qui, quand il y en a, sont « peu valorisés, mal payés et mal formés », selon la députée.
« Repenser tout le système »
Concernant les contrôles, il a fallu attendre 2022 et la loi Taquet pour rendre systématique la vérification des antécédents judiciaires des professionnels et bénévoles intervenant auprès des enfants. Et pourtant, « les besoins sont tels que les gens sont parfois embauchés du jour pour le lendemain, sans que les vérifications ne soient réalisées », rapporte Isabelle Santiago. Symbole d’un système à bout de souffle.
La députée appelle à « repenser tout le système ». Dans son rapport, le Cese propose par ailleurs de « réduire le nombre d’enfants suivis par chaque travailleur social » et « l’assistance systématique d’un avocat spécialisé afin d’informer les enfants de leurs droits ». Des propositions qui pourraient être reprises par la future commission parlementaire sur la protection de l’enfance.
Pierre Chartes. Le Dauphiné 16/120/2024
Voici l’histoire d’enfants placés et qui ont été les victimes collatérales d’un des scandales de l’ASE : http://bichau.canalblog.com/archives/2011/12/20/23008130.html