… en doublant ses mises à l’amende.
Le japonais Sony, le suisse Rolex, le Syndicat patronal des buralistes, les champions de l’agro-alimentaire français, tous ont été épinglés, cette année, pour leurs abus de position dominante.
Google a la Goo-gueule de bois.
L’Autorité de la concurrence vient de lui infliger 250 millions d’euros d’amende pour n’avoir pas respecté la loi européenne de 2019 dite « des droits voisins », obligeant les plateformes en ligne à rémunérer les médias pour la reprise de leurs contenus.
Une petite sanction, comparé à la somme, encore à déterminer, qu’Alphabet, sa maison mère, va devoir débourser aux États-Unis après que le géant du Net a été jugé coupable de pratiques anticoncurrentielles par la justice américaine, le 5 août.
Son tort ? Avoir versé près de 24 milliards d’euros en 2023 — dont la majorité à Apple — pour s’assurer que son moteur de recherche soit celui utilisé par défaut sur la plupart des smartphones. La décision américaine pourrait remettre en question le monopole de Google sur le secteur.
En France, l’Autorité de la concurrence, elle, a réalisé un bon cru en 2024, avec 330,7 millions d’euros d’amendes distribuées depuis le début de l’année, contre 167,6 millions d’euros en 2023. « Le Canard » dresse le palmarès des entourloupes pour tenter de garder le monopole.
- La Française des jeux.
En 2013, la Française des jeux (FDJ) autorise la vente en ligne de tickets à gratter chez les 7 500 fleuristes Florajet. Deux ans plus tard, elle leur permet de distribuer d’autres bons de divertissement comme le Loto, l’Euromillion et le Keno. Une fleur qui ne plaît pas à la Confédération nationale des buralistes de France, qui décide de sortir la sulfateuse !
L’unique organisation professionnelle du secteur décide de « planter » la nouvelle formule d’Euromillion, lancée en septembre 2016. Sur les réseaux sociaux et dans les médias, elle appelle à boycotter la validation des jeux de la FDJ.
Une vengeance pour tenter d’« évincer de potentiels concurrents », selon l’Autorité. Le syndicat patronal a été condamné à 750 000 euros d’amende en septembre 2023. Une « sanction injuste », pour Philippe Coy, le président de la Confédération, qui a pourtant renoncé à faire appel. Beau joueur !
- Game over ? Oh, la mauvaise manie de Sony avec ses manettes !
Entre 2015 et 2020, l’entreprise japonaise et ses trois filiales, en Europe et en France, ont empêché les joueurs de sa console PS4 d’utiliser des accessoires moins chers. L’enjeu n’est pas minime. Selon une étude du Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs, le secteur du jeu vidéo a engendré, en France, un chiffre d’affaires de 6,1 milliards d’euros en 2023.
Sony a provoqué des bugs sur les manettes non licenciées par ses soins afin de plomber leur réputation… tout en refusant de révéler les conditions requises pour obtenir la licence officielle, prétendument « pour lutter contre la contrefaçon », note l’Autorité.
La maison mère japonaise et ses trois filiales ont été condamnées à 13,5 millions d’euros pour cet abus de position dominante. Sony a fait appel. Inconsolable ?
- Les agités du bocal.
Entre 2010 et 2015, 15 acteurs de l’agroalimentaire, dont D’Aucy et Bonduelle, se sont entendus pour mettre en boîte les consommateurs. Leur recette ? Ne pas communiquer sur la présence, dans leurs produits, de bisphénol A (BPA), un perturbateur endocrinien pourtant soupçonné de favoriser cancers, diabète et infertilité.
Dès 2010, la Fédération des industries des aliments conservés avait écrit au Syndicat national des fabricants de boîtes pour s’assurer « que chacun des acteurs concernés s’interdise toute tentation d’une démarche individualiste consistant à mettre en avant la commercialisation de boîtes [sans BPA] ».
Au total, les 15 cachottiers ont écopé de 19,5 millions d’euros de pénalités. Deux d’entre eux ont fait appel de conserve.
- Les pendules à l’heure.
De 2011 à 2022, Rolex France a interdit à ses distributeurs de vendre ses montres en ligne.
Une livraison sans essayage serait un sale coup porté à l’image du groupe suisse, s’égosillait la filiale. L’Autorité a jugé que ces pratiques lésaient les vendeurs et les consommateurs, qui, eux, se sont mis à l’heure d’Internet. Rolex a expliqué vouloir ainsi lutter contre la contrefaçon.
Ses concurrents ont pourtant trouvé depuis belle lurette des solutions pour concilier vente en ligne et antipiratage. La marque de luxe est un brin en retard.
Coût de la filouterie : 91,6 millions d’euros de sanctions et l’obligation de rendre publiques ses pratiques peu confraternelles. Rolex, qui a fait appel, tente de jouer la montre.
Fanny Ruz-Guindos et Garance Tournillon. Le Canard enchaîné. 28/08/2024
Quand on regarde les profits engendrés par ces magouilles les amendes me paraissent bien légères 13.5 millions pour Sony ce n’est pas grand chose.