Piston et autopromo

VMH n’a pas son pareil pour faire reluire ses cuirs !

Depuis que son pédégé, Bernard Arnault, a accepté in extremis, il y a un an seulement — et à la demande expresse d’Emmanuel Macron de dépenser 150 millions d’euros pour sponsoriser les Jeux olympiques, le supermécène a saturé tous les espaces avec ses marques de maroquinerie, de haute couture, de chaussures, de champagne et de joaillerie…

Il a aussi obtenu quelques privilèges, parmi lesquels celui d’exclure la Samaritaine de la zone grillagée de haute sécurité mise en place une semaine avant la cérémonie d’ouverture des JO, le 26 juillet.

Premium d’affaires

Transformé à grands frais en temple du luxe par Bernard Arnault, le grand magasin parisien en bordure de Seine était pourtant situé au beau milieu du périmètre antiterroriste tracé par les services de la Préfecture de police (« Le Canard », 24/4).

Quiconque souhaitait pénétrer dans cette enclave ultra-protégée à compter du 18 juillet devait, théoriquement, présenter aux forces de l’ordre le fameux QR Code, décroché après une minutieuse enquête de sécurité. Un crime de lèse-milliardaire !

D’après les informations du « Canard », le roi du luxe a mis tout son poids de « partenaire premium » des JO dans la balance pour obtenir une dérogation.

Résultat ? Le 18 juillet, comme par enchantement, les grilles installées tout le long de la rue de Rivoli à partir de la Concorde ont contourné la Samaritaine afin que les fétichistes de toiles à damier et les amateurs de Moêt & Chandon ne subissent aucune restriction ni aucun fichage policier.

Et les pressions de Bernard Arnault ont fini par payer. Hormis le jour de la parade, où le magasin est resté fermé toute la journée, les (riches) touristes étrangers ont pu faire leurs emplettes sans QR Code.

L’homme le plus fortuné au monde a également obtenu le privilège d’installer un pavillon en forme de malle Vuitton sur la terrasse du Cheval Blanc, palace qui trône au sommet de la Samaritaine, pour recevoir en toute quiétude ses invités le soir du show olympique.
Depuis ce lieu avec vue plongeante sur le Pont-Neuf, ces privilégiés ont pu, le 26 juillet, assister au sacre planétaire du malletier officiel des Jeux et de ses porteurs de valises virevoltant sur les quais de la Seine dans l’un des tableaux mis en scène par Thomas Jolly — une séquence en forme de publireportage pour les ateliers Vuitton.

LVMH se pique aussi, dans un communiqué maison, d’avoir habillé Lady Gaga de plumes et Céline Dion de perles, et d’avoir couvert d’or, « couleur iconique de Dior », Aya Nakamura et ses six danseuses. Un bien discret défi de publicitaire !

« Cet étalage était d’une grande vulgarité, râle un patron jaloux. Dans ce type d’occasion, l’argent ne doit pas avoir d’odeur ni de couleur. Les autres sponsors, comme Accor, EDF ou BPCE, ont fait preuve d’une grande discrétion, alors qu’ils ont investi autant ! » Et puis quoi encore ? « Nous avions besoin d’en avoir pour notre argent », a lâché sans la moindre gêne Bernard Arnault trois jours avant la cérémonie (« Le Monde », 28/7).

De ce point de vue, la réussite est totale : on ne compte plus le nombre de reportages sur les médailles dessinées par Chaumet, les athlètes français habillés en Berluti et tutti quanti.

Le milliardaire a fait son entrée dans le cercle des partenaires des JO en position d’ultraforce l’an passé.

Pour satisfaire ses amis écolos, Anne Hidalgo avait d’emblée fermé la porte au pétrolier Total, si bien que Tony Estanguet a failli ne pas boucler son budget. EDF, dont les comptes ne sont guère flamboyants, ne pouvait pas mettre davantage au pot.

La Caisse des dépôts, qui ne voulait pas participer, a fini par céder, en 2022. Encore trop peu !

Il a fallu qu’Emmanuel Macron tire par la manche son ami Arnault, qui s’est immiscé dans la parade jusqu’à vouloir exclure Aya Nakamura des festivités, au motif qu’elle n’était pas son genre. Mais le locataire de l’Elysée, qui rêvait de rencontrer la reine du R’n’B français, a tenu bon. Quelle autorité !

Et le roi du luxe s’est pris une petite veste (Dior)…


Odile Benyahia-Kouider et Christophe Labbe. Le Canard enchaîné. 31/07/2024


2 réflexions sur “Piston et autopromo

  1. bernarddominik 02/08/2024 / 17h19

    Mme 1,7% fait la fine bouche avec Total et Macron force EdF et la Caisse de dépôts de mettre la main au portefeuille malgré l’absence totale d’intérêts dans les JO, ça montre bien qu’en fin de compte l’affaire à été mal montée côté finances. Attal prétend que les JO attireront des visiteurs étrangers en 2025! Encore des vœux pieux.

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