Le RN, le climat, l’écologie…

« Arrêt des éoliennes, baisse de la TVA sur les carburants, critique de la voiture électrique… En guerre contre une présumée « écologie punitive », le Rassemblement national défend un projet très favorable aux énergies fossiles, et donc franchement hostile à la transition écologique.

Pour le politologue François Gemenne, spécialiste des questions de géopolitique de l’environnement et président du conseil scientifique de la Fondation pour la Nature et l’Homme (FNH), les propositions portées par Marine Le Pen et Jordan Bardella vont à rebours des exigences de l’accord de Paris, que la France s’est engagée à respecter.

  • Quel serait l’impact d’une victoire de l’extrême droite sur le climat ?

Une victoire du Rassemblement national serait un désastre pour l’écologie. De nombreux programmes politiques ne sont pas à la hauteur de l’urgence, mais, avec le RN, le problème est plus profond : leur projet ne manque pas simplement d’ambition écologique, il est en tous points contraire à ce qu’il faudrait faire pour respecter l’accord de Paris [qui vise à limiter la hausse des températures à 1,5 °C par rapport à Père préindustrielle, NDLR] ! D’une manière générale, à l’image du député Thomas Ménagé, qui a accusé le Giec d’être trop « alarmiste », les cadres du RN s’illustrent régulièrement par des discours mâtinés de climatoscepticisme.

  • Quelles sont les propositions défendues par le RN qui vous inquiètent le plus ?

Celles qui concernent les secteurs de l’énergie et des transports. Le RN est en guerre contre deux instruments clés pour diminuer nos émissions de gaz à effet de serre : les éoliennes et la voiture électrique. Marine Le Pen l’a encore répété tout récemment : en cas de victoire, elle arrêtera les énergies renouvelables. Ce qui serait dramatique pour le climat : tous les scénarios de décarbonation assurent qu’il est impossible d’atteindre nos objectifs de baisse des émissions de CO2 sans développer massivement l’éolien et le solaire.

Les incessantes attaques de Jordan Bardella contre la voiture électrique pendant la campagne des européennes sont tout aussi navrantes. En France, le transport routier est responsable à lui seul de 3o % des émissions de CO2, et un peu plus de la moitié d’entre elles provient de l’usage de la voiture individuelle. Nous n’arriverons jamais à décarboner nos déplacements sans le véhicule électrique. Quant à la promesse du RN de diminuer la TVA sur les carburants, en abaissant le taux de 20 % à 5,5 %, elle aura pour conséquence d’encourager les ménages à en consommer davantage, et fera donc grimper nos émissions. Le RN assure ne pas vouloir sortir de l’accord de Paris mais, de fait, on voit bien qu’il n’a aucune intention de respecter les engagements pris par la France.

  • Mais le RN sera-t-il vraiment en mesure de freiner les politiques écologiques déjà lancées ? En cas de victoire, il gouvernera en cohabitation avec Emmanuel Macron…

La menace n’est pas à sous-estimer. Les acteurs économiques – entreprises, industriels, marchés – ont besoin d’un cap clair pour s’engager dans la voie de la transition écologique. Or, une victoire du RN risque d’envoyer aux investisseurs des signaux d’incertitude et d’instabilité, et donc d’entraîner une forme d’immobilisme. L’exemple suédois est à ce titre intéressant : ce pays a longtemps fait figure de très bon élève en Europe sur l’écologie. Mais depuis l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement soutenu par l’extrême droite, plusieurs mesures écologiques ont été abandonnées… et les émissions de CO2 de la Suède sont reparties à la hausse !

Un coup d’arrêt brutal est à craindre, d’autant que l’on peut penser que le RN va s’attaquer aussi à l’appa­reil d’Etat. Si Jordan Bardella devient Premier ministre, je ne vois pas, par exemple, comment pourrait survivre le Secrétariat général à la Planification écologique (SGPE), qui est aujourd’hui directement rattaché à Matignon. N’oublions pas non plus les impacts possibles de l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite sur le travail des chercheurs et des ONG, qui pourraient demain être l’objet de pressions ou d’intimidations, et être visés aussi par des coupes budgétaires ou des suppressions de subventions.

  • La France était en 2015 le pays hôte de la COP 21, où l’accord de Paris a été signé. Une victoire du RN peut-elle avoir également des conséquences internationales ?

Oui, et c’est probablement l’un des effets les plus dommageables d’un tel scénario. Une fois au pouvoir, le RN risque de pousser la France au repli sur soi et à l’isolement. Le pire ennemi du climat, c’est le nationalisme, car la lutte contre le changement climatique passe au contraire par une coopération poussée entre les nations. Ce combat exige de penser au-delà de son nombril et de considérer l’autre comme une partie de nous-même. Le racisme est donc antinomique de l’action climatique.

Quand on l’interroge sur le sujet, Marine Le Pen aime répéter que ce n’est pas aux Français de payer pour les fautes des autres. Elle commet une double erreur : elle oublie que la France est l’un des pays qui ont le plus émis de gaz à effet de serre dans l’histoire, et surtout que le CO2 n’a pas de frontières ! Que le RN le veuille ou non, celles-ci n’arrêteront pas le changement climatique.

  • Le RN est aux portes du pouvoir au moment même où les impacts du changement climatique s’intensifient. Comment l’expliquez-vous ?

Dans les études d’opinion, le changement climatique apparaît comme l’une des principales préoccupations des Français. Pourtant, le sujet n’est pas encore un déterminant du vote, sans doute parce que la lutte pour le climat produit des gains qui ne sont pas immédiats et localisés. Les partis qui portent des projets écologiques ont encore un immense travail à faire pour convaincre les électeurs que le climat est avant tout un enjeu sécuritaire. Et qu’en refusant de s’en préoccuper, non seulement le RN ne les protège pas, mais surtout, il les met en danger.


S’il venait à être appliqué, le programme du parti d’extrême droite porterait un coup d’arrêt brutal à la transition écologique, alerte le politologue François Gemenne, membre du Giec


Propos recueillis par Sébastien Billard. Le Nouvel Obs. N° 3116. 20/06/2024


Une réflexion sur “Le RN, le climat, l’écologie…

  1. bernarddominik 01/07/2024 / 9h00

    Les français sont conscients des enjeux liés aux carburants fossiles. Le mouvement est lancé le RN ne pourra le changer. En ce qui concerne la cause du réchauffement, je suis sceptique sur le CO2, la vapeur d’eau, les particules fines sont bien plus créatrices d’effet de serre.

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