Dans un contexte électoral explosif, et à la veille des Jeux olympiques, la guerre hybride menée par Moscou contre la France et les démocraties occidentales ne cesse de s’intensifier…
Le vote des Français est un acte de vengeance contre Macron. » Au soir de la dissolution, un tsunami virtuel de messages hostiles au président français a déferlé sur X (ex-Twitter).
Reflet de l’opinion publique ? Pas exactement. Derrière un grand nombre de ces tweets se cachent des « bots », de faux comptes destinés à peser sur les débats politiques.
En quelques heures, ils inondent les réseaux et créent une bulle cognitive, musique de fond jouant à l’oreille de l’opinion. Un clone du site de la majorité présidentielle Ensemble vient ainsi d’être créé pour distiller de fausses informations.
Il propose l’achat d’une procuration pour 100 euros pour faire croire à un trafic de voix. Une étude du CNRS publiée le 30 juin montre également qu’il y a eu sur X une reconfiguration brutale de l’espace politique et un affaiblissement considérable du front républicain, sous la pression de comptes pro-russes.
Dans l’immense terrain de jeu d’internet, la Russie mène une guerre sans merci : elle manipule les outils modernes de l’intelligence artificielle (IA) et obéit à une stratégie ancestrale.
Dès le VIe siècle, le Chinois Sun Tzu affirmait dans le plus ancien traité de stratégie connu que « l’art de la guerre, c’est de soumettre l’ennemi sans combat ». La guerre souterraine de Moscou est sans foi ni loi : diffusion de fausses informations, comptes fictifs pour attiser les dissensions, opérations de déstabilisation dans le monde réel pour renforcer les craintes et la haine.
Le but est d’ébranler les démocraties occidentales, en particulier la France, l’un des principaux soutiens de l’Ukraine. Une guerre hybride dont certains craignent qu’elle ne s’étende, plus agressive encore, jusque dans le monde réel.
Les élections européennes, point d’orgue des dernières offensives virtuelles, n’ont d’ailleurs pas mis fin à la salve d’attaques. Peu après, le 15 juin, selon le militant @antibot4navalny, les bots de Dvoinik — le plus grand réseau de désinformation du Kremlin destiné au public occidental — ont publié quelque 120 000 messages en vingt-quatre heures, diffusant de fausses citations de célébrités contre le soutien à l’Ukraine, comme ce prétendu message du footballeur Lionel Messi : « L’Ukraine n’existe plus. Tout notre argent a été gaspillé. »
- « BROUILLARD DE LA GUERRE 2.0 »
« Nous faisons face à l’une des pires menaces que la France ait dû affronter, affirme l’historien David Colon. Une interférence étrangère qui met en péril non seulement la cohésion nationale, la défense de notre pays mais aussi le devenir même de notre régime politique et nos libertés. » Pour ce spécialiste des questions de propagande, le Kremlin mène « une guerre informationnelle permanente à l’encontre des démocraties qu’il perçoit comme des menaces pour la survie de son régime autocratique ».
Une vague de désinformation qui s’est intensifiée au point d’enfermer une partie des Européens dans ce que l’experte en intelligence stratégique Christine Dugoin-Clément appelle « un brouillard de la guerre 2.0 ». Une « préparation cognitive », explique la chercheuse, que Moscou avait utilisée en 2022 en amont de l’offensive russe du 24 février. « Dès le mois de décembre, des vidéos burlesques générées par IA ont déferlé sur TikTok montrant un homme russe à la finesse discutable dans des scènes illustrant sa redoutable puissance physique », décrit Christine Dugoin-Clément.
« Le but était de répandre l’idée de la puissance russe, de semer le trouble et d’affaiblir notre capadté d’action. » Une tentative d’« ancrage cognitif » menée durant les européennes au travers de courtes vidéos générées par IA comme celles de Jordan Bardella tout en muscles, de Marine Le Pen, corps de déesse en bikini ou, à l’inverse, de parodies dégradantes d’Emmanuel Macron ou de Gabriel Attal. Des images ridicules mais qui marquent nos subconscients.
- Paranoïa ou bonne intuition ?
Des internautes se sont alarmés durant le week-end électoral des européennes de la recrudescence de vidéos jonglant avec les idées nauséabondes de l’extrême droite, montrant notamment des délits, tous commis par des personnes racisées. « Lorsque des contenus différents des sujets que nous avons l’habitude de consulter remontent sur nos réseaux, c’est qu’il s’agit en général de contenus sponsorisés poussés par des agences de communication derrière lesquelles peuvent se cacher des agents d’influence », décrit Alexis Prokopiev, directeur de la gouvernance et de l’innovation démocratique de la plateforme de débats européenne Make.org.
« Nous devons aiguiser notre attention pour ne pas être victimes de cette désinformation. » Depuis des mois, le Kremlin instrumentalise les crises que nous avons traversées, amplifiant les phénomènes pour saper l’image de la France et diviser la société : punaises de lit, crise agricole, émeutes en banlieue… « Durant les émeutes, 30,6 % des publications sur les réseaux ont été produites par seulement 1,2 % des profils. Parmi les comptes les plus prolifiques, 24,2 % inséraient des messages pro-Poutine », affirme Alexis Prokopiev.
Viginum, le service de l’État français chargé de la vigilance et de la protection contre les ingérences numériques, a révélé en 2022 une troublante campagne baptisée « Doppelgânger », en français « double maléfique », toujours active, qui clone des sites de médias européens pour diffuser la propagande du Kremlin.
- LA VOIX DE MOSCOU
Des centaines de faux articles ont ainsi alimenté ces sites à l’approche des européennes (103 la semaine précédent le scrutin). Fin mai, l’université d’Amsterdam dévoilait un réseau de 400 sites « agrégateurs » créés par IA, reprenant, dans différentes langues et sans préciser leur origine, des articles du média Russia Today.
Des sites se faisant passer pour de prétendus médias locaux (« San Francisco Telegraph », « Kigali Daily News »…) ou se présentant comme dédiés au bien-être ou encore au sport, mais qui diffusent sous bannière neutre la voix de Moscou. Or, selon un audit de la start-up spécialisée dans la détection d’infox NewsGuard, ces récits de désinformation sont repris par les dix principaux modèles d’IA générative comme ChatGPT un tiers du temps.
Non content d’instrumentaliser les crises existantes, le Kremlin scénarise lui-même des opérations de déstabilisation pour mieux les viraliser sur les réseaux. On a ainsi vu apparaître successivement des symboles destinés à déchirer la société française : tags d’étoiles bleues soulignant la menace antisémite, symbole palestinien des mains rouges peint sur le Mémorial de la Shoah, cercueils recouverts de drapeaux français, avec la mention « soldats français de l’Ukraine », déposés au pied de la tour Eiffel, mise en scène près de Sciences-Po d’un hommage à un étudiant prétendument mort en garde à vue… Autant d’opérations déconstruites par les services français.
« Des opérations montées par les services secrets russes — 5ᵉ service du FSB et renseignement militaire (GRU) — sous la houlette de Sergueï Kirienko, l’homme qui nomma il y a bien longtemps un certain Vladimir Poutine à la tête du FSB et qui, aujourd’hui, est en charge de la sécurité intérieure en Russie », décrit David Colon. Leur modus operandi est bien connu : recrutement de petites mains moldaves ou bulgares qui exécutent le scénario, infection de l’espace informationnel, révélation de la supercherie destinée à créer un doute permanent. « Le mélange du vrai et du faux est plus toxique que le faux, car il sème la confusion », souligne David Colon.
Ces opérations ont une dangerosité pour le moment « limitée », affirme l’ex-cadre de la DGSE Olivier Mas, mais « dont la force du signal augmente ». L’arrestation, début juin, à Roissy-en-France, d’un ressortissant russo-ukrainien, blessé lors de la confection d’un explosif, a ravivé la crainte d’actions plus radicales.
« Je ne serais pas étonné que les Russes passent un nouveau cap avec un scénario qui pourrait inclure une tentative d’attentat de type État islamique. Une opération qui ne serait pas destinée à faire des victimes, mais à créer du désordre, à diffuser de la terreur, en cherchant à démontrer à la veille des JO qu’une démocratie est incapable d’assurer la sécurité d’un tel événement. » Pour Olivier Mas, « nous sommes revenus à l’âge d’or de l’espionnage ». Online et offline
Céline Lussato. Le nouvel Obs N° 3118. 04/07/2024
C’est une véritable paranoïa qui s’est emparée du nouvel obs. Pas besoin de la Russie ni d’internet pour comprendre que la politique anti russe de Macron est suicidaire. Hier à un concert j’ai rencontré un ingénieur d’airbus spécialiste des armements il m’a dit que si l’otan attaquait la Russie l’Europe occidentale n’avait pas les moyens aeriens de se défendre et serait réduite en cendres. Selon lui la Russie n’utilise pas tous ses moyens en Ukraine car elle considère l’Ukraine comme peuplée de russes.