Lucidité

La lucidité doit pousser les forces progressistes et écologistes à examiner l’ensemble des éléments mis en lumière par les trois jours de scrutin des 9 juin, 3 juillet et 7 juillet [2024] en mesurant l’état réel du rapport de forces politiques dans le pays.

Elle est le « bloc » majoritaire sans disposer — loin de là — d’une majorité absolue, ni même d’une forte majorité relative à l’Assemblée nationale. Elles doivent donc mettre les enjeux de la réussite d’une large coalition des gauches, des écologistes et de forces citoyennes progressistes entre les mains des citoyens.

À l’analyse des résultats électoraux, il convient d’ajouter la profonde signification des mobilisations citoyennes et sociales qui ont eu lieu depuis 2016 : bonnets rouges, gilets jaunes, mobilisations contre les lois de modification du code du travail, puissant mouvement contre la loi portant le droit à la retraite à 64 ans, et la manière avec laquelle elle a été imposée, actions multiformes pour la défense des services publics, mouvement de soutien « aux premiers de corvée » durant la période du Covid, actions pour de meilleures conditions de santé publique, combats pour l’égalité femmes-hommes et contre le sexisme, actions pour la paix en Europe et au Proche Orient, mouvements pour un plan d’urgence pour l’école comme en Seine Saint Denis, mouvement paysan pour un revenu décent.

Ainsi, depuis la rue et dans les urnes a retentit un cri profond réclamant une rupture avec les politiques menées depuis tant d’années et un appel à une nouvelle façon de faire de la politique, respectant les citoyens tout en proposant un récit d’avenir émancipateur.

La lucidité doit conduire les forces de progrès et de l’écologie à lire convenablement les résultats de l’extrême droite passée de deux députés en 2002 à 128 cette fois, après avoir fait élire il y a à peine un mois 30 députés européens dans un scrutin proportionnel.

Une force rassemblant plus de dix millions d’électeurs à l’occasion de ces élections législatives qui dit se préparer pour remporter l’élection présidentielle. Même après l’avoir écarté du pouvoir la question reste devant nous.

Mesurer cela ne doit pas conduire à reprendre les thématiques de l’extrême droite, mais à combattre ses idées dans le cadre d’un intense travail idéologique en construisant une perspective progressiste en lien avec les milieux populaires, les exploités et les dominés.

Il convient aussi de continuer à étudier les causes de la forte abstention des jeunes et des ouvriers notamment dans les quartiers populaires.

Cela implique une activité politique et d’éducation populaire visant à retisser des liens sociaux, à unir les classes laborieuses qu’elles soient manuelles ou intellectuelles, d’encadrement ou de petites propriétés non-lucratives.

Bref, les forces démocratiques […] doivent rechercher le « réalignement », l’osmose avec les classes populaires et le monde de la culture et de l’esprit dans sa diversité.


La lettre du 11 juillet 2024 de Patrick Le Hyaric (Extraits) – L’intégralité du texte est en Lecture libre en suivant le lien.


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