Bleu, blanc, rouge qui tache

Longtemps, la presse allemande a admiré Macron, un type jeune, dynamique, et tellement plus séduisant que Merkel ou Scholz.

La lune de miel est terminée.

Le 29 juin, l’hebdomadaire « Der Spiegel » illustrait les élections françaises avec un photomontage de Marine Le Pen surgissant d’un drapeau tricolore déchiré et titrait : « La France est-elle en train de tomber ? Comment Emmanuel Macron a livré le pays à l’extrême droite ».

Avant le premier tour du scrutin, déjà, Scholz, lui aussi, s’était dit « préoccupé » par une potentielle accession du Rassemblement national au pouvoir. Tout le monde peut se tromper…

Les craintes allemandes restent d’actualité. Le chancelier allemand, qui n’avait jusqu’alors aucune affinité avec le président français, a avoué qu’il lui envoyait tous les jours des SMS de soutien.

« Comment allons-nous faire passer les textes à l’Union européenne si la France est ingouvernable ? ou poursuivre l’aide à l’Ukraine ? s’inquiétait un diplomate allemand. Les compromis se négocient souvent autour d’un accord franco-allemand. Sans parler des sujets bilatéraux, comme le char franco-allemand du futur… »

Nos voisins se consolent en songeant qu’avec leur système parlementaire ils sont immunisés contre ce genre de psychodrame national. Mais c’est oublier un peu vite qu’il a fallu presque onze semaines pour former un gouvernement avec trois partis (SPD-Verts-libéraux). Et que cette coalition n’a nullement empêché l’AfD, le parti d’extrême droite, de dépasser de deux points, à 15,9%, les sociaux-démocrates de Scholz aux européennes.

Dans l’ex-RDA, où trois élections régionales sont programmées en septembre, l’AfD arrive partout en tête avec environ 30% des intentions de vote. Friedrich Merz, le patron de la CDU, sera alors incapable de former une coalition avec ses habituels colistiers SPD, Verts ou libéraux.

Les chrétiens-démocrates n’auraient alors pas d’autre solution que de former une coalition avec le parti que Marine Le Pen juge elle-même trop extrémiste ! Ou bien avec l’Alliance pour la raison et la justice (BSW), un parti de gauche radicale. Scholz n’a pas fini d’être « préoccupé ».


Article signé des initiales O. B.-K. Le Canard enchaîné. 10/07/2024


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