Sans papiers mais pas sans talent ni sans prix à Cannes face à un préfet sans pitié… Ainsi peut-on décrire l’étau dans lequel se trouve pris Abou Sangare, un jeune Guinéen de 23 ans qui joue le rôle d’un livreur à vélo demandeur d’asile dans le film « L’Histoire de Souleymane », de Boris Lojkine. Il suscite l’émotion dans l’entretien final avec une agente de l’Ofpra au cours duquel tombent les masques.
Ce non-professionnel qui porte sur ses épaules ce film sensible et éclairant sur la condition des migrants y joue le premier rôle de sa vie, qui lui a valu de décrocher d’emblée le prix d’interprétation dans la section Un certain regard au Festival de Cannes, le 24 mai. Ainsi que les félicitations appuyées, à l’issue de la cérémonie, des réalisateurs membres du jury Xavier Dolan et Maïmouna Doucouré, laquelle le verrait bien poursuivre cette carrière d’acteur.
Or sa troisième demande de régularisation depuis 2017, date de son arrivée à Amiens, alors qu’il était encore mineur, a été refusée en avril. Et la préfecture de la Somme a assorti ce refus d’une obligation de quitter le territoire (OQTF).
Après avoir passé un bac pro, ce jeune mécanicien ne parvient pas à obtenir de papiers, faute de fiche de paie… et ne peut décrocher un CDI, promis, faute de papiers.
« C’est le diable qui se mord la queue », déplore l’avocate lilloise Claire Perrinaud. Elle a attaqué cette décision au tribunal administratif, à la demande de la production du film. Et d’expliquer : « Le prix reçu à Cannes n’entrera pas en ligne de compte, les juges du tribunal administratif s’en tiendront à la situation qui était la sienne au mois d’avril » (« Le Courrier picard », 5/6).
Ultime paradoxe : faute de papiers, Sangare, prévenu le matin même, a failli rater la remise de son prix à Cannes, car il ne peut prendre l’avion et ne peut voyager qu’en train…
Article signé des initiales D. F. Le Canard enchaîné. 12/06/2024
La loi c’est la loi. Si on commence à dire « pour les acteurs la loi est différente « , il n’y a plus d’état de droit. Le droit n’est pas la justice, la justice n’existe pas, le droit c’est celui défini par la loi.
Puisque la loi, c’est la loi… Certes, il ne fallait pas pas l’engager, pour en arriver là aujourd’hui… ou intervenir à ce moment là.. il a été rémunéré.. il a eu des espoirs légitimes, et une con.. de ceux qui l’ont engagé, je suis solidaire de ce jeune..