La DGSI a rechigné à leur délivrer des habilitations secret-défense.
L’Élysée, un dossier ultrasensible, relevant de la sécurité de l’État, empoisonne l’atmosphère. Bras de fer avec les Russes sur fond de guerre en Ukraine, crise d’espionnite aiguë côté chinois, tensions avec la Turquie…
Dans ce contexte tendu, les réticences de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) vis-à-vis de trois proches collaborateurs d’Emmanuel Macron créent l’émoi. Ces conseillers de la cellule diplomatique ont peiné à décrocher l’habilitation secret-défense, qui leur est indispensable pour lire des documents classifiés.
Ce sésame n’est délivré qu’au terme d’une minutieuse enquête du contre-espionnage. Un refus ne signifie pas forcément que la personne ciblée est soupçonnée d’espionnage, mais que, selon la DGSI, les vulnérabilités dans le comportement ou l’entourage du postulant pourraient être utilisées comme moyen de chantage contre lui par un service étranger.
Les services bossent fort
Chez deux de ces conseillers, c’est la belle-famille qui, semble-t-il, pose un problème aux services. Le premier, chargé « de l’Europe continentale et de la Turquie », est marié avec une ex-diplomate turque dont la sœur est… l’épouse d’un ancien ambassadeur turc à Paris. Le second, conseiller « Amériques, Asie et Océanie » et, à ce titre, grand manitou des relations avec Pékin, vit avec une Chinoise.
Questionné début juin par « Le Canard », l’Élysée a d’abord assuré que ces habilitations avaient pris du retard parce que la DGSI est « sous l’eau, avec trop de dossiers à traiter ». Avant de rassurer le Palmipède le 17 juin : « L’habilitation a bien été renouvelée pour ces conseillers et tout est en règle. » Sous le couvert de l’anonymat, un diplomate s’agace : « Le contre-espionnage voit le mal partout. Ces deux conseillers n’ont jamais été pris en défaut ! Ils ont tous les deux la confiance du Président. »
Le cas du troisième homme de Macron est nettement plus embêtant. Tout part d’une plainte déposée par une jeune femme après une rencontre qui a mal tourné. L’affaire a été classée sans suite, mais elle a ravivé les inquiétudes du contre-espionnage sur la vie privée tumultueuse dudit conseiller, spécialiste au Château des dossiers sensibles. « Le Président l’apprécie beaucoup, il le trouve talentueux, et, en prime, il est de la même promo que lui à l’ENA », glisse un haut fonctionnaire.
À la cellule diplo, on dénonce la « paranoïa aiguë » de la DGSI. « La nouvelle patronne ne tient pas ses troupes », s’énerve un ancien ambassadeur, qui dénonce une manœuvre des vieux de la vieille de feu la DST pour tenter de rendre à la branche historique du contre-espionnage l’influence qu’elle a perdue depuis la chute du Mur, au profit de la lutte antiterroriste.
Diplos matés
Cette bisbille est une vraie tuile pour la cellule diplo, qui se retrouve affaiblie, au moment où les militaires, plus puissants que jamais avec la guerre en Ukraine, marchent sur ses plates-bandes. Ainsi, le diplomate en chef de l’Élysée a sèchement recadré le chef d’état-major particulier du Président, qui multipliait les contacts dans les chancelleries.
L’indiscipliné a reçu l’ordre de limiter dorénavant son activité diplomatique aux seuls dossiers de vente d’armes. Pas de quoi impressionner les militaires. Lors des conseils de défense restreints à l’Élysée, où sont abordées, en petit comité, les questions de sécurité nationale, Thierry Burkhard, le général cinq étoiles grand patron des Armées, a totalement marginalisé le Quai d’Orsay. Macron va devoir négocier un cessez-le-feu !
Odile Benyohio-Kouider et Christophe Labbe. Le Canard enchaîné. 19/06/2024
Macron choisit mal ses conseillers, d’ailleurs on voit où ça l’a mené
Je cite. » Macron va devoir négocier un cessez-le-feu ! » avec la Russie ou avec la DGSI ???? Ou les deux peut-être ?