C’est comment qu’on accélère?

Il fait grand beau. On est à 5 km de Paris.

La séquence dure 31′ 48″ (1). Au début, on les voit tranquillement assis devant la mairie de Gennevilliers. Ils sont près de 2000. Les prises de parole se succèdent. Un naturaliste explique en quoi le projet d’entrepôt logistique XXL contre lequel ils manifestent est aberrant. Dans cette friche industrielle sur les berges de la Seine, la biodiversité s’était réinstallée : cormorans, martins-pêcheurs, etc.

Marine Tondelier, d’EELV, renchérit et dénonce ce « projet absurde » qui fait dans le « tou­jours plus » : « Toujours plus de consommation, toujours plus d’artificialisation. » Muni de son écharpe tricolore, le député LFI Eric Coquerel explique que, intuitivement, installer pareil entrepôt en bord de Seine ne paraît pas si idiot, on se dit que les bateaux pourront y débarquer leurs marchandises, mais, ajoute-t-il, dans la réalité, tout ou presque viendra par camion (2). Un délégué de SUD-Rail vient le préciser : ici, ni rails, ni train, ni projet ferroviaire. Mais pas moins de 1500 camions par jour.

Les manifestants se mettent en marche sous le soleil. Familles, fanfares, sigles d’Extinction Rebellion, de la CGT, des Soulèvements de la Terre, banderoles clamant : « Qui sème le béton aura bientôt la dalle » ou « Mettons fin à l’entrepôcène » ou « Stop Green Dock ». Ah oui, précisons que ce projet consiste à bétonner plus de 6 ha pour ériger un entrepôt de 30 mètres de hauteur sur 600 mètres de longueur. Et qu’il se prétend, se revendique, s’affiche « green » (c’est encore plus beau en britiche). Après tout, même le roi du pétrole TotalEnergies se dit « vert », alors pourquoi se gêner ?

Le cortège longe les rails du tramway, puis un parc. Une poignée de manifestants s’avisent de bloquer la circulation en poussant de grosses poubelles à roulettes. Aussitôt, les Robocop, qui se tenaient à distance, s’approchent, et c’est parti. Grenades lacrymo, nuages de fumée, courses-poursuites, cris, charges policières, et bientôt voilà des dizaines de manifestants allongés face contre terre, les mains dans le dos. Il y aura 54 gardes à vue. C’était, samedi 25 mai, une scène de l’écologie ordinaire dans la France macroniste.

Rapporteur spécial aux Nations unies sur les défenseurs de l’environnement, Michel Forst connaît bien la question et constate : « La France est le pire pays d’Europe concernant la répression policière des militants environnementaux. La violence des forces de l’ordre est hors catégorie » (Reporterre 30/5).

Sous Macron II, les choses sont claires, en effet. On ne prend même plus la peine de faire semblant. Toute écologie est forcément dénoncée comme punitive, vu que l’écologie c’est forcément poser des limites et que poser des limites c’est forcément punitif. L’urgence est d’aller de l’avant. D’ac-cé-lé­rer, dans tous les domaines. Mettons hors la loi toutes les pédales de frein !


Jean-Luc Porquet. Le Canard enchaîné. 05/06/2024


  1. CLPress, 25/5.
  2. Les porteurs du projet promettent que 15 % du fret se fera par transport fluvial.

2 réflexions sur “C’est comment qu’on accélère?

  1. bernarddominik 12/06/2024 / 8h40

    Ça risque fort d’empirer avec Bardella

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