Ces hauts fonctionnaires…

… qui piaffent pour rallier Le Pen

Grands crus, robes de cocktail et photos de groupe…

Il flotte un parfum vieille France, dimanche 9 juin, à la garden-party électorale de Jordan Bardella. Dans le cossu Pavillon Chesnaie du Roy, au bois de Vincennes, l’extrême droite lepéniste a convié 300 sympathisants triés sur le volet pour célébrer son sacre européen.

Accueillis par Marine Le Pen en personne, ces chanceux sur leur 31 ont touché le jackpot et le super-jackpot : la victoire dans les urnes, une dissolution et… la perspective imminente d’investitures pour les législatives.

Parmi les visages radieux, de jeunes diplômés BCBG et encartés au Rassemblement national de la jeunesse, mais aussi, et surtout, des hauts fonctionnaires, bien décidés à sortir de l’anonymat et à endosser l’étiquette brune les 30 juin et 7 juillet, suivant la voie fraîchement tracée par l’ancien commissaire de police Matthieu Valet ou l’ex-patron de Frontex Fabrice Leggeri, tous deux élus eurodéputés dimanche.

La coupe est pleine.

Au sein de cet aréopage de saint-cyriens et de hauts gradés paradent quelques-uns des ralliés du grand « plan Matignon », crânement survendu à la presse par Philippe Olivier, le beau-frère de Marine Le Pen. Sur la terrasse du Pavillon, entre deux plateaux de petits-fours, l’ancien capitaine de gendarmerie Hervé Moreau déplore le « laxisme de ces juges qui ont renié leur serment de magistrat ». Un connaisseur…

Le procès, prévu en septembre, pour soupçons d’emplois fictifs, où plusieurs responsables du parti, la famille Le Pen en tête, seront sur le banc des accusés, est balayé d’un revers de main : « Après ce soir, on n’a plus peur de rien. Je crois en la vertu de Marine Le Pen ».

Blâmé par la ministre des Années Florence Parly, en 2021, pour avoir soutenu la « tribune des généraux » publiée dans l’hebdo d’extrême droite « Valeurs actuelles », Moreau espère être investi en Bourgogne pour les législatives.

La soirée avançant, le champagne Senez coule à flots et les langues se délient. Un téléphone dans chaque main, le jeune député de l’Hérault Aurélien Lopez-Liguori papillonne de groupe en groupe en s’extasiant : « Ça fait un an et demi qu’on se prépare à cette dissolution ! Depuis la première motion de censure, en fait. »

Dix-huit mois durant lesquels des cadres RN comme Edwige Diaz ou Sébastien Chenu sont allés chercher leurs futures recrues dans les administrations douanières, pénitentiaires et dans d’autres secteurs en colère. « Ils seront nombreux à aller à la soupe, prédit un compère historique de Jean-Marie Le Pen. Il n’y a pas que des Jean Moulin dans la haute administration. » Vive les collabos ! On ne se refait pas, chez les lepénistes…

Thierry Perez, cadre dans la fonction publique territoriale, s’est vu promettre une circonscription nord-iséroise. « Il faut qu’on arrête de penser que la France se dirige depuis des bureaux à Paris », pontifie-t-il, avant de se replonger dans une grande discussion sur les réfugiés. « Ils ont droit à l’aide juridictionnelle payée par nos impôts, on se demande d’où vient une idée pareille. C’est infamant ! »

Un peu plus loin, un agent douanier chante les louanges d’une « double frontière » — autour de PUE et entre pays européens — chère au RN. Il rêve de se voir proposer une circonscription en Seine-et-Marne.

L’extrême droite lepéniste n’investira pas 577 hauts fonctionnaires, mais elle mise sur quelques prises stratégiques pour saturer la très courte campagne électorale ouverte le 11 juin… et éclipser ainsi des investitures moins glorieuses.

Dans un coin, Jérôme Sainte-Marie, le sondeur préféré des fachos, observe discrètement tout ce petit monde qui s’ébroue. Il sourit : « Cela devrait bien se passer pour les législatives !

Avant d’ajouter, un brin moins optimiste : « Pour gouverner, en revanche, ce sera très, très dur. »


Charlotte Cieslinski. Le Canard enchaîné. 12/06/2024


5 réflexions sur “Ces hauts fonctionnaires…

  1. bernarddominik 15/06/2024 / 10h17

    Ce sera difficile de tenir toutes les promesses, dont la retraite à 60 ans, mais le RN n’a pas promis +10% aux fonctionnaires (coût 15 milliards autant aux collectivités territoriales qui vont devoir augmenter les taxes locales dont les impôts foncier et.le prix de l’électricité). Les baisses de tva promises je n’y crois pas, la tva est déjà 5,5% sur la nourriture, la baisse sur l’essence sera sûrement reportée après l’audit, contrairement au NFP Bardella à conditionné ses promesses à la situation financière, donc il ne lâchera pas grand chose. Pour l’instant le RN est donné gagnant mais ça peut encore changer.

    • Libres jugements 15/06/2024 / 10h51

      Entre lecture du programme du « front populaire » 2024 de la gauche et les promesses du RN en matière de gestion de l’État, j’opte pour le programme le plus proche de l’action en faveur du social, de l’expression, de la liberté.
      Bien sûr qu’il y a des ombres Cachés dans cette alliance des gauches, toutefois, même si je n’étais pas né en 1938, je n’entends pas voir renaitre l’histoire de cette période, grands-parents-parents se retourneraient dans leurs tombes eux qui affirmaient « plus jamais ça », je boycotterais l’ouverture des JO si un premier ministre Bardella, certes sans moustache, mais ce n’est guère mieux, était présent.
      MC

  2. rblaplume 15/06/2024 / 12h30

    Plusieurs options sont sur la table de ces élections législatives à condition que le quadrige (Le Nouveau Front Populaire) tienne la route jusqu’au deuxième tour du scrutin.

    A. Faire barrage pour empêcher le FN-RN de constituer un gouvernement.
    A défaut, faire en sorte que les Républicains (Ma France) soient une opposition résolue et favorise l’ intelligente collective (dans la rue et dans le Parlement notamment à l’Assemblée nationale) associés aux forces sociales pour faire pièce à un gouvernement FN-RN.

    B. Obtenir une majorité absolue, transcendant les clivages des Partis, qui impose à M.Macron (qui détient le droit de dissolution à nouveau dans un an), un gouvernement. Une série de décisions réglementaires et législatives doit être prise rapidement concernant :

    1. Supprimer les textes législatifs et règlements votés par la Macronie, dans tous les domaines, qui n’ont rien à faire dans ce pays en vertu du préambule et de l’article premier de la Constitution du octobre 1958 ! C’est cette Constitution qui est en vigueur.

    2. Mettre en œuvre des textes législatifs et règlements qui marquent une rupture avec les gouvernements précédents et qui correspondent réellement aux préoccupations et interrogations des Français dans tous les domaines.

    Les Hauts Fonctionnaires ont à retrouver les mots et les valeurs qui ont fait d’eux, à « une époque », les Grands Commis de l’Etat » d’une « République indivisible, laïque, démocratique et sociale »

    Si nous échouons les nostalgiques des années 1940 reviendront plus forts et plus nombreux, en France et en Europe  !

    rblaplume

    • tatchou92 15/06/2024 / 22h34

      Les négociateurs « du Nouveau Front Populaire » ne sont pas des perdreaux de l’année »… n’ont qu’un objectif, celui de gagner et de tenir ensemble les engagements de leur programme, qui ne doit rien au hasard..
      Ce ne sera bien évidemment pas toujours facile, mais ils seront soutenus par la population, les forces vives du pays, l’ensemble des organisations syndicales, de très nombreuses associations, les fonctionnaires, les retraités, les hospitaliers… les chômeurs, tous ceux qui souffrent de la politique actuelle, des 49-3..,
      Un espoir est né…

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