Saint‐Brevin, la bataille…

perdue par l’extrême droite

Se remémorer… Il y a un an, le maire de la commune démissionnait après l’incendie de sa maison, perpétré après des semaines de polémiques autour du déplacement du centre d’accueil de demandeurs d’asile. Depuis, le calme est revenu et l’extrême droite, qui avait attisé la révolte, a déserté

Faire le trajet à pied, son bébé en bandoulière, serait trop usant pour elle. Pour se déplacer dans Saint‐Brevin‐les‐Pins, Marie* (prénom d’emprunt), aidée ce jour‐là d’un ami pour porter des affaires, emprunte les navettes gratuites circulant dans la commune. Cinq ou six kilomètres séparent le cœur du bourg de sa destination, plus au sud, desservie toutes les deux heures : le centre d’accueil de demandeurs d’asile (Cada).

Sa vie ici ? « Ça se passe bien », décrit‐elle, vaguement consciente des événements qui ont secoué l’an passé la commune d’environ 15 000 de résidents […] « Parce que c’est pas facile, quand tu es dans un quartier avec des gens qui n’acceptent pas. »

Ceux‐là commencent à se faire entendre dès le printemps 2022. Soit quelques mois après la décision de l’État d’implanter ce nouveau Cada, avec 110 places, dans le quartier de l’Ermitage, un secteur paisible où les allées de pins maritimes bordent de belles demeures, près du front de mer.

Objet principal de la grogne : la proximité directe avec l’école.

Réunie dans le collectif pour la préservation de la Pierre-Attelée, du nom de l’établissement et de la forêt environnante, la poignée initiale de parents d’élèves et de riverains s’inquiète notamment de la « sécurité des enfants ».

Ce groupe, qui se veut « totalement apolitique » et se dit « favorable à la création » du Cada, reçoit le soutien d’habitant-e-s du quartier, membres de Reconquête.

Tandis que les représentants locaux du parti d’extrême droite, ainsi que ceux du Rassemblement national (RN), prennent position contre le projet, l’affaire remonte naturellement jusqu’aux oreilles d’Éric Zemmour. Et attire l’attention des médias de la même couleur (Boulevard Voltaire, Fdesouche, Riposte laïque…).

Dans les manifestations qui s’organisent alors, d’autres groupuscules s’invitent : l’association intégriste Civitas (dissoute depuis), le mouvement nationaliste et royaliste Action française, le Rassemblement vendéen… […] Une ouverture sans limites qui ne plaît pas à tout le monde.

« D’octobre 2022 à janvier 2023, on a observé une politisation et une radicalisation, avec des gens venus de Paris prêts à en découdre, certains masqués, des skinheads…, qui ont “grotesquisé” le mouvement, dit Gauthier Bouchet, délégué départemental du Rassemblement national de Loire‐Atlantique, présent aux deux premiers rassemblements des 15 octobre et 11 décembre 2022, mais pas aux suivants.

Aux yeux d’opposants modérés, le mouvement de contestation a paru encore pire que la venue d’immigrés. »

Résultat, début février 2023, le responsable du RN préfère prendre ses distances. Un retrait susceptible d’ouvrir l’appétit d’autres acteurs en quête de visibilité sur le terrain. […]

Le 22 mars 2023 marque un tournant : le domicile du maire, Yannick Morez, critiqué et menacé depuis des mois pour sa position favorable au Cada, est incendié.

Stupéfaction générale. Ce sera « le plus gros traumatisme » pour la ville, décrit Dorothée Pacaud, la nouvelle maire, en se rappelant les coups de feu tirés en 2016 contre la première structure d’accueil à Saint‐Brevin. Une enquête criminelle est toujours en cours.

[…]

Refroidi par le climat de violence, Reconquête se désengage à son tour.

[…]

Reste que le 11 mai 2023, toujours sous le choc d’un incendie où sa femme et ses trois enfants ont « manqué de mourir », le maire, Yannick Morez, décide de démissionner. Ce retrait fera l’effet d’un électrochoc dans la classe politique française. L’État est alors critiqué pour son manque de soutien aux élus locaux, mais aussi pour sa mollesse face aux agissements de l’extrême droite. […]

La structure finit par accueillir ses premières familles, début décembre 2023. Une ouverture dans le calme, malgré la crainte d’une résurgence des tensions, qui officialise la fin de partie.

Un mois plus tard, Aurore, qui gère les lieux […], et les autres associations impliquées, la préfecture et l’école, tirent un premier bilan. « Tout le monde a acté que cela se passe très, très bien », rapporte la maire de Saint‐Brevin.

Une impression confirmée par les quelques témoins interrogés à proximité du site. « Pour l’instant, il n’y a pas de problème. Mais bon, ça ne fait pas longtemps qu’ils sont là… », se méfie encore cette retraitée, son chien en laisse, qui s’inquiétait d’un éventuel impact sur le prix des maisons.

Ravi de cette baisse de tension et de la mobilisation des pro‐Cada, un autre habitué du quartier souffle : « Tout ça pour ça… »

[…]


Article réalisé par « La rédaction de Mediapart » source (extraits)


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