Il est des lois que certains ne parviennent jamais à digérer.
Elles ont beau faire chaque jour la preuve de leur utilité et de leur importance, elles leur restent en travers de la gorge et ils les régurgitent inlassablement dans des flots de bile. La loi de 2004 sur l’interdiction des signes religieux ostentatoires à l’école publique est de celles-ci. Elle est aux zélotes de l’islamisme ce que la loi Veil sur l’IVG est aux catholiques militants. Vingt ans après son adoption, elle subit toujours les assauts idéologiques de ces infatigables lèche-barbus qui, à force de remâchages incessants, n’arrivent même plus à masquer derrière un soi-disant progressisme « inclusif » leur haine de l’émancipation intellectuelle et sociale qu’offre la laïcité. Pourquoi s’en priveraient-ils, d’ailleurs, puisqu’ils ont tribune ouverte dans les hauts cercles universitaires et dans les pages de grands journaux « de référence » ? Lesquels trouvent du dernier chic dandy de se pâmer devant cette lecture très anglo-saxonne – donc résolument communautariste et antilaïque – de la loi de 1905, consistant à ne retenir que quelques mots de son article 1 – la République garantit le libre exercice des cultes – et à ignorer tout le reste.
Dans Le Monde du 17 avril 2024, on apprend ainsi, sous la plume d’un certain Jean-Fabien Spitz, professeur émérite de philosophie politique à l’université de Paris I-Panthéon-Sorbonne, que « l’interdiction des signes religieux ostentatoires à l’école contredit la laïcité ». Par conséquent, explique-t-il, les « incidents » qui se multiplient dans les écoles – notons le doux euphémisme employé pour qualifier les insultes, agressions et autres menaces de mort dont font l’objet enseignants et chefs d’établissement – ne sont pas la manifestation d’un obscurantisme religieux en pleine expansion, mais l’expression de vrais défenseurs de la laïcité. Des républicains sincères acculés par « le mensonge et la falsification » d’une loi inique, et qui en sont réduits à invoquer les commandements vestimentaires de Dieu et de ses prophètes politiques et à promouvoir te port des hijabs, qamis et abayas pour perpétuer l’héritage de1905… Parions qu’ils seront les premiers surpris de l’apprendre.
Ce n’est pas le seul scoop de ce cours magistral de laïcité positive, qui ne manque pas de dérouler l’incontournable chapelet de lieux communs à base d’« huile sur le feu », « discrimination » et autre « catéchisme laïque ». Il nous est aussi révélé que l’école est un « espace public » comme un autre – nous avions la ringardise de penser qu’elle est d’abord un service public – à l’intérieur duquel chacun fait ce qui lui plaît sans devoir se soucier d’aucune règle, et que le prosélytisme religieux, qui est une chose formidable quand on est croyant, doit y être accueilli dans toute sa « diversité ».
Le Pr Spitz n’a, on s’en doute, pas attendu que Le Monde lui ouvre ses colonnes pour répandre sa bonne et sainte parole. Il est l’auteur d’un ouvrage que l’on suppose majeur sur le sujet intitulé La Laïcité dévoyée (éd. AOC, 2023), dans lequel il disserte sur le concept de « signes religieux par destination » et s’indigne de l’« arbitraire » d’un État qui décrète « religieux » un vêtement porté par des jeunes musulmans – ce qui revient à dire que l’islam n’est pas une religion, autre révélation qui devrait également étonner les premiers intéressés. Le déni dogmatique et obsessionnel jusqu’au bout de l’absurde.
L’actualité littéraire étant farceuse, au moment où Le Monde faisait Spitz sur la laïcité paraissait le dernier livre de Salman Rushdie, Le Couteau (éd. Gallimard), dans lequel L’écrivain raconte l’agression qui faillit lui coûter la vie et se désole notamment de l’aveuglement collectif qui frappe nos sociétés face à l’idéologie totalitaire islamiste. Si vous craignez les regards torves, ou pire, lorsque vous irez en faire l’acquisition, demandez à votre libraire de vous l’emballer dans les pages « Débats » du Monde. •
Gérard Biard. Charlie hebdo 24/04/2024
«T07/05/2015Libres jugements
« Tenir le même discours à tous ceux qui placent la loi religieuse avant la loi politique» …explique Elisabeth Badinter …. »La laïcité est-elle d’abord un dispositif juridique (séparation églises-état), un ensemble de valeurs, une philosophie ou un idéal moral à protéger ?E.B. : Ce n’est pas une valeur morale mais politique, qui a pour objectif de réunir sous le même toit des enfants de toutes obédiences et de toutes origines : c’est en défendant un minimum de respect de la loi collective que l’on peut vivre en paix. Il y a vingt ans, la kippa n’était portée qu’à partir de la bar-mitzvah et par des adultes lors des prières.Aujourd’hui, les pressions des religions radicalisées sont très fortes. Toutes ces revendications identitaires signifient : « Je suis avant tout juif – ou musulman – et vous n’avez qu’à vous y faire. » Par l’éducation, il faut apprendre aux enfants la liberté de penser par soi-même, leur montrer que la réflexion ne se réduit pas aux croyances. »
Extrait des propos recueilli par Anne-Bénédicte Hoffner La Croix
le 7/05/2015 MC dans les commentaires » Sujet effectivement délicat, mais la laïcité est précisément l’art de la tolérance d’une part et d’autre part de trouver un modus vivendi permettant à tous l’acceptation de la différence. Oui, un sujet effectivement très délicat pour lequel il faut laisser toute notion de prosélytisme à la porte de tous lieux publics. »
Ces lignes n’ont pas vieillies pour moi. J’y souscris pleinement en déplorant que notre Ecole publique et laïque ait été « désarmée idéologiquement » malgré l’engagement et le dévouement des personnels de l’Institution, EDUCATION NATIONALE. Celle-ci continue à être vilipendée par les médias parfois le ou la ministre de l’Education nationale, sous dotée, en personnels formés et reconnus, en établissements scolaires et universitaires. On charge cette ECOLE de toutes les responsabilités et de toutes les carences de notre société !
Merci Michel de mettre des référentiels temporels !
Pour ma part, ayant exercé, pas très loin de Creil, j’ai quelques souvenirs de ces événements !
Il ne faut pas oublier que les religions sont ce que les hommes en font. Ainsi le christianisme est le reflet de la pensée greco-latine. L’islam est le reflet de la domination arabe à travers ses coutumes notamment les habits et la nourriture. De même le bouddhisme qui traduit la pensée hindoue. Et on remarquera que les musulmanes françaises s’habillent non pas comme des françaises mais comme des arabes. Il n’y a donc pas de religion universelle. Là où les européens se sont imposés le christianisme s’est imposé, et on peut remarquer qu’ils ont échoué là où préexistait une culture religieuse forte. Là où les arabes ont imposé leur loi l’islam s’est imposé mais aussi les coutumes arabes.
Nous qui ne pratiquons pas ou plus… sommes nous des mécréants, ou des enfants de la République ?