Le patronat se renseigne… ou se prépare

en tout cas il y a eut des rencontres souvent secrètes

Elles courent, elles courent, les rumeurs, toujours plus persistantes ces derniers mois. A les croire, le CAC 40 se bouscule pour dialoguer avec les favoris des européennes du 9 juin et de la prochaine présidentielle. Du petit patron de PME aux grands capitaines d’industrie, beaucoup se regardent du coin de l’oeil, désireux de savoir qui a, ou non, accepté de rencontrer les héritiers de Jean-Marie Le Pen.

Pas question de se faire doubler par une entreprise concurrente, qui aurait eu la prudence de mieux se préparer à leur hypothétique arrivée au pouvoir. Personne n’a oublié la grande erreur des homologues américains, « qui n’avaient pas envisagé un scénario Trump », souligne un communicant d’un grand groupe français. Lui encourage ses clients à « aller voir ce que le RN a dans le ventre ».

Il reste toutefois périlleux de s’afficher avec une for­mation politique qui, en dépit de sa dédiabolisation, reste considérée par un Français sur deux comme « dan­gereuse pour la démocratie ». Certes, le RN ne souhaite plus abandonner l’euro ou sortir de l’Union européenne mais son programme prévoit bien un détricotage du fonctionnement des institutions et la sortie des traités de libre-échange, faisant toujours craindre le pire aux patrons.

Parmi eux, les plus optimistes ambitionnent de prodiguer une leçon d’économie au parti lepéniste dans le but d’infléchir un programme jugé au mieux inabouti et au pire carrément bolchevique. Une réputation de « gauchiste » bien utile quand le parti cherchait à se recentrer, mais qui fait figure de boulet au pied de Marine Le Pen. Laquelle cherche donc à donner des gages de sérieux, « loin des caricatures », assure-t-elle, comme avec sa tribune dans « les Echos », en février, consacrée au remboursement de la dette.

Selon elle, les mauvais chiffres du déficit public (5,5 % du PIB, plus élevé que prévu) contribuent aussi à changer son image de mauvaise élève : « Qui pourra nous faire des leçons de bonne gestion quand on regarde le bilan calamiteux de Macron et Le Maire ? » répond-elle au « Nouvel Obs ».

De ces rencontres souvent secrètes, toujours dis­crètes, le RN ne confirme rien, mais ne dément jamais, attentif à ne pas étouffer une petite musique qui lui profite. Tant mieux si le bruit ambiant lui prête trop d’entregent. Soucieux de ne pas griller de potentiels contacts, Le Pen et Bardella cultivent leur réputation de « tombes ».

En privé, la triple candidate à l’élection présidentielle s’amuse des listes de patronymes clinquants soumises par des journalistes en quête de détails : « Je n’en ai absolument rien à faire que la presse n’ait rien à se mettre sous la dent. » Son candidat com­plète, dans un sourire satisfait : « C’est un petit monde où l’information circule malgré tout. »

Aux yeux de ses nouveaux interlocuteurs, le jeune président du RN est encore plus modelable : qui sait, peut-être pourrait-il renoncer à certaines lignes rouges, comme la retraite dès 6o ans ou le retour d’un impôt sur le capital financier ?

Pour l’épauler dans son entreprise de crédibilisation, Bardella peut compter sur un polytechnicien inconnu du public. François Durvye n’avait pas apprécié de lire son nom dans un article de « Libération » relatant la préparation du débat de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle de 2022. C’est dans sa propriété — un manoir normand — que la candidate s’était isolée avec une poignée de proches avant l’épreuve redoutée. Avec la fille de Jean-Marie Le Pen, Durvye évoque « un lien personnel ».

Ce directeur général du fonds Otium Capital (la machine à investir du milliardaire catholique très droitier Pierre-Edouard Stérin, pressenti pour reprendre l’hebdomadaire « Marianne ») s’est depuis rapproché de Bardella, auquel il livre régulièrement ses conseils sur l’économie, et plus particulièrement sur l’industrie et l’énergie, lui l’ancien cadre du groupe pétrolier Schlumberger. « Je n’ai pas de rôle public politique », se contente-t-il de répondre au « Nouvel Obs », sans s’épancher sur cette fonction de conseiller de l’ombre.

En secret, ce catholique ouvre aussi au clan une partie de son carnet d’adresses, comme lorsqu’il invite Marine Le Pen à la réception de 200 personnes donnée pour son anniversaire, en mai 2023, dans son domaine normand. « Il s’imagine secrétaire général de l’Élysée en cas de victoire du RN », jure un de ses proches.


Lucas Burel, Caroline Michel–Aguirre et Camille Vigogne Le Coat. Le Nouvel Obs. (très court extraits) N° 3111. 16/05/2024


Une réflexion sur “Le patronat se renseigne… ou se prépare

  1. tatchou92 26/05/2024 / 18h39

    Il semblerait que le Président aimerait débattre avec Mme LE PEN avant le scrutin, et qu’elle n’y serait pas opposée, sous réserve qu’il s’engage à démissionner en cas de victoire de la liste RN… « je te tiens, tu me tiens, par la barbichette.. »..

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