… pour battre le parti de la macronie aux Européennes et la positionner en vue de la « peut-etre/ possible » dissolution de l’Assemblée…
C’est ce qui s’appelle avoir le sens du timing !
A moins de quinze jours des élections européennes, le quotidien de Dassault a viré les responsables de son service politique. Albert Zennou et Christine Ducros, les deux chefs du service, sont poussés vers la sortie. Auraient-ils démérité ? Pas vraiment. En revanche, raconte un proche, ils rechignaient à normaliser Marion Maréchal pour faire l’union des droites, comme semble en rêver la direction.
Car Alexis Brézet et Vincent Trémolet de Villers, le duo chic et choc — et très réac — qui dirige la rédaction, louche, sans trop se cacher, sur Maréchal et Bardella. Marine Le Pen ? « Trop vulgaire, trop sociale, trop proche des homos, et finalement… trop à gauche ! » persifle un confrère.
Officiellement, l’éviction des deux têtes de la « pol » est présentée comme un rajeunissement, avec ce vaillant mot d’ordre : « Cap vers 2027 ». On n’est jamais trop en avance !
Il est l’or, mon senior
Ce coup de jeune touche aussi la grande chefferie. Même si Brézet reste directeur des rédactions, c’est son adjoint qui tient les rênes. Trémolet, lui, se verrait bien calife à la place du calife. D’autant qu’en 2027, au moment de la présidentielle ; Brézet achèvera son « troisième quinquennat » — un record —, souligne un journaliste. En attendant, Trémolet fait monter des proches, comme Eugénie Bastié. Elle succède à Yves Thréard, directeur adjoint de la rédaction rétrogradé, lui, à la culture.
Dans le grand ménage de printemps auquel se livre en ce moment le journal, ces discrètes modifications ont failli passer inaperçues, car il est aussi demandé aux plus de 65 ans de plier bagage.
Certains départs y sont requalifiés en licenciements « pour que l’Etat paie, ce que le journal dénonce à longueur de colonnes », s’étrangle un grand reporter. L’an dernier, pour réaliser des économies, « Le Figaro » a déménagé. Boulevard Haussmann, le montant de la location s’élevait à plus de 15 millions d’euros par an. Bagatelles, pour un loyer !
Désormais, les locaux sont la propriété de l’actionnaire… mais la surface a diminué d’un tiers. « C’est sûr qu’à côté du bâtiment du « Monde » ça fait petit joueur », grince une journaliste. Car les temps sont durs pour le journal de Mauriac. Les ventes papier — comme c’est le cas pour l’ensemble de la presse écrite — subissent une baisse régulière, que la progression des abonnés numériques ne compense guère.
Des tractations sont en cours pour ne garder que l’une des deux imprimeries près de Paris. Lors du dernier CSE, le comité social et économique, une piste a aussi été évoquée pour pallier la hausse des coûts : l’intelligence artificielle. Selon la direction « certaines tâches pourraient être automatisées ». Arrière-pensée : tailler dans les effectifs, notamment les secrétaires de rédaction, les correcteurs ou l’iconographie.
Des économies en Rafale
La maison Dassault a une obsession : rationaliser — la presse étant un produit comme un autre. « « Le Figaro » sert de faire-valoir pour vendre spectacles et voyages organisés », soupire un autre journaliste, une allusion à Ticketac (billetterie), Marco Vasco (circuits sur mesure) et Les Maisons du voyage, propriétés du groupe.
La distribution est désormais externalisée. Fini, les livreurs qui déposaient le journal dans les boîtes aux lettres à l’aube ! « Certaines zones en Île-de-France ne sont plus desservies pour limiter le coût, alors on passe par La Poste », explique un syndicaliste. Le patron vend des avions, mais il a des oursins dans les poches !
La sous-traitance inquiète, elle aussi. « Le Particulier », magazine économique propriété du groupe, n’assure plus lui-même sa mise en pages. Bientôt l’externalisation de la rédaction ? À son pot de départ du service étranger, en octobre dernier, après trente-trois ans de « Figaro », l’ancien rédacteur en chef adjoint dudit service avait fait un discours : « Quand je suis entré dans ce journal, c’était Le Bon Marché ; aujourd’hui, c’est Lidl ». Ambiance.
Louise Colvert. Le Canard enchaîné. 29/05/2024
Dassault Bolloré Arnaud tous ces milliardaires qui rêvent de nous imposer leurs idées à travers la presse risquent de discréditer les journaux.