… 100 000 contribuables échappent à l’impôt. On dit merci qui ?
Grâce aux prévisions erronées du fisc en matière d’inflation, quelque 100 000 citoyens supplémentaires ont échappé à l’impôt sur le revenu en 2022. Et ceux qui sont restés contribuables ont payé moins que prévu cette année.
Jamais, depuis l’arrivée de Macron à l’Elysée, en 2017, on n’avait dénombré autant de citoyens non imposables. Un bonheur n’arrivant jamais seul, tous ces bienheureux ont, de surcroît, reçu un petit bonus au titre de remboursements divers, à en croire une note publiée le 16 avril par la DGFiP (Direction générale des finances publiques).
Explication : à la fin de 2021, le gouvernement prévoyait pour l’année suivante une inflation de 5,4 %. Il a donc relevé d’autant les tranches du barème de l’impôt sur le revenu (IR), afin que le contribuable dont les revenus auraient augmenté du montant de l’inflation ne voie pas son IR augmenté.
Le malheur (ou la chance !), c’est qu’en 2022 l’inflation a plafonné à seulement 5,2 %. Un taux inférieur, donc, à ce qui était prévu. Mieux : les revenus des particuliers n’ont connu une hausse moyenne que de 5,1 %, restant au-dessous du barème surélevé de 5,4 %. Ils ont donc été proportionnellement moins imposés que l’année précédente.
De ce fait, indique la DGFiP, certains foyers sont passés dans la tranche d’imposition inférieure, moins taxée. Et autant de moins pour le fisc ! « La hausse de l’impôt est plus faible que celle des revenus des redevables » soupire la Direction, qui calcule que « le nombre de foyers imposés a diminué de 0,4 % » — soit près de 100 000 contribuables de perdus. Conséquence : le nombre de ménages non imposables a atteint un sommet : 55,3 %.
Délicatesse imposée
Autre bonne nouvelle : 3,5 millions de ménages ont bénéficié de 16,7 milliards de réductions et crédits d’impôt un chiffre en hausse de 6,4 % par rapport à 2021. Emploi d’un salarié à domicile, frais de garde et de scolarisation des enfants, dons à des organismes d’intérêt général, cotisations syndicales… Autant de cadeaux qui, cumulés, permettent à certains d’échapper à l’IR.
Il ne s’agit pas d’un accident mais d’une longue évolution : en 2002, 52 % des ménages étaient imposés, pour un montant moyen représentant 8,2 % de leurs revenus. Aujourd’hui, on ne compte plus que 44,7 % de ménages imposables, pour 6 % de leurs revenus en moyenne.
Pourquoi cette bienveillance sur l’IR alors que, depuis vingt ans, les prélèvements obligatoires ont fortement augmenté, passant de 44 % à 48 % ? Parce que cet impôt a un grave défaut : il se voit. Il est électoralement plus rentable de l’alléger (ainsi que d’autres ponctions très visibles, telles la taxe d’habitation ou la redevance audiovisuelle) que de s’attaquer à la discrète TVA (200 milliards) et, dans le domaine social, à la CSG (150 milliards), qui ronronnent en silence.
Pour taxer heureux, taxons cachés.
Hervé Martin. Le Canard enchaîné. 24/04/2024
Oui tout à fait exact. Mais rehausser les tranches du barème n’est que justice, le revenu réel dépend de l’inflation, et un écart de 0,2% sur.les revenus de la première tranche, ça fait peu. La réalité c’est que les français se sont appauvris et payent donc moins d’impôts. La csg n’a pas augmenté ni la tva. Mais ce sont les taxes annexes qui ont augmenté GMAPI par exemple.