Pas Shell que vous croyez

Dans la commune de Chamarandes-Choignes, qui jouxte Chaumont (Haute-Marne), le projet d’un méga-méthaniseur agitait le landerneau depuis des semaines. En raison des risques de nuisances (trafic de camions et de tracteurs, odeurs, bruit, pollution, accidents potentiels, etc.), mais aussi du modèle agricole proposé : les cultures risquaient de servir à alimenter le méthaniseur plutôt que les humains et les animaux ; des terres seraient accaparées, rendant plus difficile l’accès au foncier…

Les 13 puissants agriculteurs qui s’étaient associés à Nature Energy, une filiale danoise du groupe pétrolier Shell, ont annoncé, le 19 avril, qu’ils renonçaient à ce projet « en raison de trop fortes contraintes capitalistiques ». En clair, ils n’ont pas réussi à lever les fonds nécessaires. A six jours de la fin de l’enquête publique, ça fait sérieux…

Si les nombreux opposants, très remontés, se réjouissent de cette nouvelle, ils se demandent encore comment les services de l’Etat ont pu donner un avis favorable à un tel projet et comment la préfecture de la Haute-Marne a pu accorder le permis de construire, dès le 30 octobre dernier. Comme l’a révélé l’hebdo local « L’Affranchi de Chaumont », la société NECC (Nature Energy Chamarandes Choignes), qui a obtenu ce permis de construire et qui était censée porter un investissement de 83,7 millions d’euros, n’avait en fait qu’un capital de 1000 euros et un associé unique : Nature Energy !

Et, pourtant, dans l’arrêté accordant le permis, la préfecture affirmait : « Ce projet de méthanisation est détenu à 51 % par un groupement de 13 agriculteurs. » C’était une condition sine qua non pour que le méthaniseur géant projeté soit classé « projet agricole » et puisse, par conséquent, voir le jour sur des terres agricoles, avec les exonérations fiscales qui vont avec…

Alors que les 13 paysans haut-marnais ont préféré renoncer, la filiale de Shell précise dans un communiqué qu’elle « reste déterminée à investir en France et à travail­ler avec les agriculteurs et les élus locaux, dont le soutien est indispensable, pour dévelop­per de nouveaux projets qui concourront à l’atteinte des objectifs industriels, énergé­tiques et environnementaux fixés par la France ». Quel élan de verte vertu !

Autrement dit, Shell se promet bien de construire ailleurs des projets industriels sur des terres agricoles… Sachant que la France s’est assigné pour objectif de faire passer la production de biométhane injecté dans le réseau GRDF de 11 térawattheures en 2022 à 44 TWh en 2030, il faudrait 235 projets de cet acabit dans tout le pays. Ça sent le gaz !


Article signé des initiales L. C. Le Canard enchaîné. 24/04/2024


Une réflexion sur “Pas Shell que vous croyez

  1. tatchou92 30/04/2024 / 21h25

    Pour reprendre une de ses expressions : Le Président-Général de GAULLE, qui repose à Colombey les deux Eglises « doit faire des sauts de cabris » dans sa sépulture…

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