… Nicole Belloubet ministre de l’Éducation en exercice
[Lors de] la passation des pouvoirs la sortante « AOC », Nicole Belloubet l’observe, lunettes sur le nez, affichant l’empathie d’un bulot.
« AOC » ayant terminé son triste laïus, Nicole l’embrasse fissa, une petite tape sur le bras. Bon vent, ma chère.

Belloubet prend le micro et se montre immédiatement à l’aise, rappelant au passage que l’enseignement est son « milieu naturel ». On est entre nous, tout va bien se passer. Elle arrive avec quarante ans d’expérience politique (elle a rejoint le PS en 1983), un carnet d’adresses et un CV longs comme le bras : ancienne garde des Sceaux, ancienne du Conseil constitutionnel, ancienne rectrice, agrégée de droit public. À l’époque où elle était garde des Sceaux, elle organisait au ministère, une fois par mois, un déjeuner avec ses super-potes le politologue Olivier Duhamel, l’avocat Jean Veil et Marc Guillaume, alors secrétaire général du gouvernement.
Sa feuille de route ? Face à un président qui ne cesse d’osciller de gauche à droite dans ses « convictions » éducatives, nommant successivement des personnalités aussi opposées que Jean-Michel Blanquer, puis Pap Ndiaye, puis Gabriel Attal, puis AOC et, désormais, elle.
On attend de Belloubet qu’elle ne fasse pas de vagues auprès de la communauté éducative tout en réagissant au mieux aux crises quotidiennes. Laisser, comme disent les conseillers de l’arrivante, le côté « réac » à Attal, qui a construit sa popularité là-dessus, tandis qu’elle occupera le créneau de gauche, sans trop en faire non plus.
Pas simple, mais elle excelle à ce petit jeu-là. Bien parler, dégonfler les faits, nier l’évidence avec talent. Dans son équipe, on a un mot pour expliquer ce qu’il faut éviter de dire : « irritant ». Ainsi est-il « irritant » pour la communauté éducative d’évoquer, comme le fait Attal, les « groupes de niveau ». Niveau, c’est irritant. Il convient de le remplacer par « besoin ».
Tout ça pour réfléchir exactement à la même chose : comment enseigner par petits groupes, en fonction du n****u des élèves, pour améliorer leurs performances. Euh, non, pas « performances », ça fait OCDE, ça fait de droite.
Confrontée à une accumulation d’affaires violentes, du proviseur du lycée Maurice-Ravel, à Paris, acculé à la démission, à l’agression de la petite Samara, à Montpellier, en passant par la mort du jeune Shemseddine, à Viry-Châtillon, elle a fait part de son émotion et assuré que c’était inadmissible. Mais en évitant tout « irritant ». Ainsi les événements ayant eu lieu à Maurice-Ravel et les heurts devant le lycée Gustave-Eiffel de Cachan sont-ils des « incidents », bien regrettables, mais « des questions de ce type se posent fréquemment ».
Sympathiser, dégonfler. Les menaces de mort contre les enseignants sur les réseaux sociaux sont pour elle des « actes de cybermalveillance », relève avec malice « Le Point » (4/4), ou des « attaques ». Commentant ces affaires, elle a dit récemment : « L’école fait figure .de symbole républicain à dégrader » Mais pour qui ? Dire que l’islamisme radical tente de déstabiliser l’école, ce serait aller trop loin.
A force de ne pas vouloir aller trop loin, Nicole Belloubet se prend parfois les pieds dans le tapis. Comme lorsque surgit, en 2020, l’affaire Mila, menacée de mort, harcelée pour avoir dit tout le mal qu’elle pensait des religions, et de l’islam en particulier. Interrogée sur l’histoire de cette jeune lesbienne contrainte de vivre cachée. La garde des Sceaux, est catégorique : « L’insulte à la religion constitue une atteinte à la liberté de conscience, c’est grave. »
C’est donc une agrégée de droit public qui a défendu l’interdiction du blasphème. Elle admet « une maladresse » mais poste ensuite un tweet des plus ambigus : « On peut critiquer les religions. Pas inciter à la haine. » Bref, la gamine l’a bien cherché. Il faudra un véritable tollé pour que Belloubet rétropédale, dans « Le Monde » (8/2/20).
Elle n’a jamais tort. Quand « Le Canard » révèle, en 2019, une note fort embarrassante émanant de ses services et liant la création ou la suppression de postes de juge et de procureur aux résultats des élections — en clair, on crée des postes là où LREM cartonne —, elle nie obstinément.
Quand éclate l’affaire Benalla, elle sort une tribune pour le défendre, tout en affirmant ne pas intervenir dans une enquête en cours. Et se fait sèchement recadrer par certains de ses pairs.
Belloubet a bien mérité de la Macronie. À la dure, pour durer.
Anne-Sophie Mercier. Dessin de Kiro. Le Canard enchaîné. 19/04/24
La cinquième république fonctionne comme une royauté le président se comporte en roi et ses ministres et ses députés en courtisans. Il ne faut pas attendre une initiative de ses ministres, ils ne savent faire que des courbettes.