Les martyrs de CNews au Panthéon

Les spectateurs avaient préparé leurs mouchoirs, ils n’ont pas été déçus.

Le 29 février 2024, face à la commission d’enquête parlementaire sur l’attribution des fréquences de la TNT, les vedettes de CNews et leurs patrons n’ont pas failli à leur réputation : forts avec les faibles et faibles avec les forts.

Ces cadors, qui la jouent bravache sur leur antenne et y maltraitent les invités ne pensant pas comme eux, ne font plus que gémir et pleurnicher une fois devant les députés. Déchirements victimaires, dénonciation de l’odieuse censure d’État qui les menace et, pire encore, du maccarthysme qui les pourchasse… À les écouter, le goulag les attend !

Tyrannique dans sa rédaction, le dirlo de l’info de CNews, Thomas Bauder, crie avant d’avoir mal, à 1′ Assemblée : « Votre conception du pluralisme passe par l’interdiction des chaînes. » Glacial et tranchant dans son bureau quand il y reçoit Maxime Saada, le patron de Canal, il retourne à la petite école face aux parlementaires et se plaint à la maîtresse d’être brimé : « La convocation de notre groupe était pour une journée entière, alors que TF1, Altice, NRJ Group ou M6 l’ont été pour deux heures en moyenne. » Les gens sont méchants.

Serge Nedjar, chef de CNews, tout-puissant en son royaume, s’autoflagelle au risque de se blesser. La séquence lors de laquelle sa chaîne a fait de l’avortement la première cause de mortalité dans le monde, devant le can­cer et le tabac ? « Impardonnable », « inacceptable », « intolérable », « un véritable traumatisme », a geint le pauvre homme, qu’on imagine insomniaque depuis.

Mais la palme du faux derche revient bien sûr à Pascal Praud : « Chaque fois qu’on fait une erreur parce qu’on ne modère pas un propos sur un plateau, on s’en veut, et ça arrive, hélas… »

Mais ça n’empêche en rien les Bollo boys de recommencer à balancer des fake news. Surtout lorsqu’on leur rappelle les obligations de base de la TNT : ils ont décroché une fréquence commerciale gratuite en s’engageant à faire du journalisme en continu et à respecter un brin de pluralisme… « On entend un peu partout les possibilités de ficher les journalistes quant à leur vote, accointances politiques ou autres, cela me paraît un peu effrayant », ose Nedjar, soutenu par le comique Saada : « La France serait sans doute la seule démocratie au monde à commencer à ficher les journalistes. »

Encore faudrait-il qu’à CNews il en reste.


Article signé des initiales C. N. Le Canard enchaîné. 06/03/2024


Une réflexion sur “Les martyrs de CNews au Panthéon

  1. bernarddominik 14/03/2024 / 13h14

    Ce n’est pas si simple.

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