La mire tremble !

Même s’il n’est pas encore bien défini, le chantier de l’audiovisuel public a été rouvert par Rachida Dati.

La ministre de la Culture a annoncé faire du regroupement de France Télévisions, Radio France, l’INA et France Médias Monde une priorité. Le 12 mars, au Sénat, elle a même fixé une échéance au 1ᵉʳ janvier 2025 pour que « tout soit opérationnel ».

Le rapprochement des médias publics est un serpent de mer. À l’heure où les cartes sont rebattues dans le privé — avec le rachat de BFMTV et RMC par Rodolphe Saadé — , le projet reprend corps avec force, et adopte cette fois une tournure assez inédite.

Car la ministre, tout en restant imprécise, a osé le terme « fusion », jusqu’ici tabou — mais repris le même jour par la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte Cunci, face à des représentants syndicaux. Sibyle Veil, la patronne de Radio France, s’est, elle, toujours dite hostile à l’idée, lui préférant celle d’une holding (donc d’une union), et se montrant volontaire pour renforcer les coopérations entre les groupes publics.

Rachida Dati semble par ailleurs faire de la gouvernance unique une étape indispensable pour garantir le financement de l’audiovisuel public, aux modalités incertaines depuis la suppression de la redevance. « Si on trouve un terrain d’entente, je pense qu’on pourrait obtenir [sa] sanctuarisation », a-t-elle souligné.

Des mois houleux pourraient se profiler au sein des structures publiques déjà bousculées par des économies. Ainsi une grève est prévue le 26 mars à Radio France, pour protester contre le projet de regroupement des services sciences, santé et environnement de trois stations (France Inter, Info et Culture).

Une fusion annoncée qui, déjà, passe mal.


Étienne Labrunie. Télérama. N° 3871. 20/03/2024


3 réflexions sur “La mire tremble !

  1. bernarddominik 22/03/2024 / 15h44

    Après la suppression de la redevance, Macron avait promis le maintient des moyens de l’audiovisuel public, voilà que ce maintien fait partie d’un chantage de Mme Dati. Il n’y a aucune raison pour que les promesses de Dati vaillent plus que celles de Macron. En fait l’état est aux abois, il craint que le notation de standard & poors baisse de AA à A ou même A- ce qui se traduirait par une hausse des taux, ne faisant que confirmer l’incompétence de Macron et plus globalement des énarques à gérer la France.

    • Libres jugements 22/03/2024 / 17h26

      Désolé Bernard mais je ne pense pas que ça soit ça l’objectif mais bien de mettre à disposition – en dévalorisant la service audiovisuel public – l’audiovisuel aux mains d’entrepreneurs, laissant faire par la même occasion de grande défiance de l’information. MC

  2. rblaplume 23/03/2024 / 20h54

    Les masques tombent !
    Le cynisme des responsables de toutes ces obédiences économiques, médiatiques, politiques s’inscrit dans l’air du temps du consommateur et consommatrice que l’on veut dépourvu(e) d’esprit critique mais possédant quelque argent. Le citoyen et la citoyenne sont susceptibles d’être convoqués, avec modération, à cautionner par des élections les feuilles de route définies par les puissants de ce monde.
    Quant à ceux qui ne répondent pas ou plus aux critères de la bienséance sociétale, économique et politique qu’ils errent de rues en rues pour trouver du boulot, qu’ils acceptent la charité d’un petit pécule et qu’ils deviennent invisibles quand les éminences se déplacent ou organisent quelques évènements de prestiges. Mais que diable, qu’ils ne perturbent pas l’ordre du monde.
    Le clergé médiatique veille et assume les obligations assignées pour invisibiliser tous les trublions ou toutes les manifestations qui pourraient troubler l’ordre public défini par qui de droit ! Mais ces médias peuvent trouver matière à se mettre en valeur en révélant quelques turpitudes ou des situations tragiques inacceptables si ça peut servir quelques desseins de gouvernance.
    Quant à la puissance publique sous ses différentes formes institutionnelles, elle devra n’être que le bras armé des personnes de qualité ayant « le sens des responsabilités » et occupant des fonctions dues à leur grand mérite professionnel ou de réseaux.
    Toutes ces décisions d’enfermement à ciel ouvert dénotent une fébrilité, des inquiétudes, laissant à penser qu’ils savent que leurs puissances ne sont que superficielles et éphémères. Tous ces puissants verrouillent, cadenassent !
    Dans les pires circonstances, les hommes et les femmes finissent par trouver les ressources de la résilience ! Pour reprendre des mots de Marie Curie : « Dans la vie, rien n’est à craindre, tout est à comprendre. »

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