Pour la Culture…

… rendez-vous dans un an !

Si la ministre sortante, Rima Abdul Malak, peut se prévaloir d’un bilan, la nouvelle nommée n’a jamais témoigné d’un grand appétit pour ces questions. Rachida Dati s’empare par surprise de la Culture.

Vendredi 12 janvier 2024, deux instantanés.

Rima Abdul Malak termine son discours d’adieu au ministère de la Culture, qu’elle a dirigé pendant vingt mois avant d’en être brutalement remerciée. Quelques-uns de ses derniers mots — ceux d’un poème d’Andrée Chedid — flottent encore dans l’air : « Et que l’amour demeure après le discrédit ». Quand éclatent des applaudissements nourris qui durent, et durent encore. Quelques minutes plus tard, la désormais ex-ministre s’est éclipsée avec sa garde rapprochée.

Sa remplaçante, Rachida Dati, est, elle, restée dans la salle, entourée par une centaine de directeurs d’établissements culturels, de hauts responsables de l’administration et d’agents du ministère, qui tardent à quitter les lieux comme pour faire durer encore un peu ce passage entre deux mondes. Elle ne connaît personne et personne n’ose — ou ne souhaite — l’aborder.

Alors elle reste seule à tapoter sur les touches de son téléphone pour se donner une contenance. La scène dit tout de la brutalité et de la rapidité avec laquelle un pouvoir change de main.

Rima Abdul Malak n’est plus rien, mais quitte le ministère de la Culture comme une rock star qu’elle n’a jamais été. Rachida Dati arrive avec son poids politique, mais a tout à prouver dans ce lieu où personne ne l’imaginait encore il y a vingt-quatre heures. Et où elle devra composer intégralement un nouveau cabinet, car aucun des membres de celui de Rima Abdul Malak ne souhaite continuer l’aventure avec elle.

La veille, accrochés à leur téléphone, tous attendaient inquiets l’oracle élyséen, faisant le compte des rumeurs, voulant encore y croire. Quelques minutes avant que l’annonce ne soit officielle, il a pourtant fallu se rendre à l’évidence. Elle était virée. Sèchement. Et le nom de sa successeure sonnait autant comme une surprise que comme une ultime claque.

Car si l’arrivée de Rachida Dati constitue un véritable coup politique pour Emmanuel Macron, pas sûr que la culture y gagne.

L’ancienne garde des Sceaux de Nicolas Sarkozy (2007-2009), mise en examen pour corruption passive et trafic d’influence, arrive certes avec un savoir-faire médiatique éprouvé, une popularité clivante mais bien réelle et un art consommé de balancer des punchlines saignantes sur tous les sujets. Mais le monde de la culture ne se résume pas à la société du spectacle.

Surtout, au conseil de Paris, où elle siège depuis quinze ans en qualité de maire du 7e arrondissement, l’ex-cheffe de file des élus LR n’a quasiment jamais témoigné de la moindre appétence pour les questions culturelles. Et on l’a rarement entendue parler de l’audiovisuel public, dont elle aura pourtant la charge d’imaginer le financement pérenne qui lui fait pour l’instant défaut.

De son côté, Rima Abdul Malak s’en va avec regret et se repassera sans doute encore le film de ces derniers jours où, de bonne élève, elle est devenue pestiférée. Longtemps, elle a bénéficié de la confiance d’Emmanuel Macron, dont elle était conseillère culture et communication à l’Élysée, avant d’être nommée ministre en 2022.

Elle le lui rendait bien. Jamais un mot plus haut que l’autre sur la politique gouvernementale. Jamais une rebuffade, même quand le président de la République la mettait dans l’embarras en tardant à donner son imprimatur à des nominations au sein d’institutions culturelles.

Une parfaite soldate qui, pour prix de sa loyauté, a pu compter deux années de suite sur de bons budgets pour son ministère (plus 7 % en 2023 et plus 6 % cette année). Et l’arbitrage bienveillant d’Emmanuel Macron sur certains dossiers, comme l’a montré encore récemment la création de la taxe streaming destinée à soutenir l’industrie musicale — dont Bercy ne voulait pourtant pas entendre parler.

La belle mécanique s’est enrayée avec l’adoption de la loi sur l’immigration, dont certaines des dispositions ont heurté les convictions de la ministre, née au Liban en 1979, et dont les parents ont dû précipitamment s’exiler en France quand elle avait 11 ans pour fuir la guerre civile.

Elle le fait savoir. Avant de donner l’impression de ne pas tout à fait l’assumer en démentant sur Instagram son intention de quitter le gouvernement. Trop tard, le mal est fait.

En moins de deux ans rue de Valois, Rima Abdul Malak n’aura pas eu le temps d’imprimer sa marque, mais celui de montrer que son ambition pour la culture dépassait le simple calcul politique.

Attachée à la liberté de création et convaincue que la culture constitue le meilleur rempart contre le populisme, elle a toujours défendu les artistes.

Au quotidien, elle a accompagné les mouvements en cours : une féminisation croissante des postes à responsabilité, la lutte contre les violences sexuelles, une transition énergétique à laquelle son ministère a apporté de nouveaux moyens, un début de financement pour permettre une meilleure diffusion de la création dans le spectacle vivant, le financement de deux cent soixante oeuvres réalisées dans le cadre du programme « Mondes nouveaux »…

En 2023, elle aura également veillé sur deux grands projets présidentiels : le pass Culture, désormais élargi à tous les élèves de collège et lycée, et l’ouverture de la Cité internationale de la langue française de Villers-Cotterêts. Et si on attend toujours le projet de loi qui permettra de pérenniser le financement de l’audiovisuel public, la ministre a fait adopter à l’unanimité deux lois sur la restitution des biens culturels spoliés aux familles juives par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, et sur celle des restes humains appartenant aux collections d’établissements publics (musées, universités, services d’archéologie…).

Dans les milieux de la culture, beaucoup regrettent son départ et attendent de façon circonspecte — doux euphémisme — les premiers pas de Rachida Dati.

En raison de sa personnalité, mais surtout du fait de son absence totale de connaissance des dossiers. Un handicap de taille alors que tout le modèle de création, de diffusion et de financement de la culture est à revoir dans les années à venir.

Un chantier immense dont Emmanuel Macron ne semble pas percevoir l’urgence et la nécessité, tant il use ses ministres à un rythme indécent. Rima Abdul Malak est la quatrième titulaire du poste à devoir plier bagage depuis qu’il a été élu président de la République, en 2017. Elle sera restée un peu moins de vingt mois à la tête de la Rue de Valois. C’est un peu moins que Roselyne Bachelot et Franck Riester, qui l’y ont précédée, et à peine plus que Françoise Nyssen. Difficile de penser loin dans ces conditions.


Olivier Milot. Télérama. N° 3862. 17/01/2024


Une réflexion sur “Pour la Culture…

  1. bernarddominik 01/02/2024 / 9h07

    Dati est une affairiste qui a choisi le camp de l’Azerbaïdjan amie du clan Alyev qui veut détruire l’Arménie, acoquinée avec les émirs du Qatar, et le sultan d’Istanbul, c’est un agent de l’islamisme. Quant à la culture, c’est comme l’agriculture pour Macron qui a donné son accord à la suppression de l’étiquetage des OGM NGT, qui pourront être cultivés librement risquant de contaminer les champs bio. Des nuls ou des escrocs, au choix.

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