Guerre des galons

Ça secoue, à Balard !

Les généraux de l’armée de terre ont entamé de savantes manœuvres pour torpiller la candidature d’un amiral au poste de chef d’état-major des armées. Depuis dix ans, au grand dam des marins et des aviateurs, le poste est occupé par les terriens.

Asseoir l’un des siens dans le prestigieux fauteuil, c’est se retrouver en lien direct avec le président de la République, chef suprême des armées, et augmenter ainsi ses chances d’être bien servi lors des arbitrages budgétaires.

Le général Thierry Burkhard, l’actuel patron des 205 000 troufions français, dont le mandat est déjà prolongé d’un an, devait céder sa place cet été, après avoir soufflé ses 60 bougies. Les marins, qui n’ont pas décroché le pompon depuis 2010, estiment que leur tour est venu, d’autant que d’autres postes clés leur sont passés sous le nez.

En mars dernier, un aviateur leur a piqué le siège très convoité de chef d’état-major particulier d’Emmanuel Macron. Puis, en mai, un général de l’armée de terre s’est installé à l’hôtel de Brienne comme chef du cabinet militaire de Sébastien Lecornu. On comprend pourquoi les marins étaient pressés de passer à l’abordage…

Le mieux placé pour succéder à Burkhard était Pierre Vandier, chef d’état-major de la marine. Les biffins ont donc mené une savante contre-attaque. Ils ont intrigué pour le faire nommer, le 1er septembre dernier, bras droit de Burkhard, avec le titre de major général.

Par le passé, le poste de numéro deux des armées a rarement permis d’accéder à celui de numéro un et s’apparente donc davantage à un placard doré. L’amiral a accepté la « promotion » contre mauvaise fortune bon coeur, espérant tout de même rester dans la course. Las ! le 19 janvier, lors de ses voeux aux armées à Cherbourg, Emmanuel Macron a chanté les louanges de Burkhard.

Décryptage d’un militaire de haut rang : « On a tous compris : notre chef d’état-major ne partira pas à l’été. Il va être prolongé d’un an. » Ultime humiliation pour les marins ? Le Président s’exprimait depuis une base navale. Drôle d’endroit pour torpiller une candidature.

Otan en emporte l’amiral

Les terriens ont réussi leur coup. Ils ont convaincu Macron qu’il ne fallait surtout pas changer de chef d’état-major en pleins Jeux olympiques, alors que l’équivalent de deux divisions va être mobilisé et que, sur le front ukrainien, la menace russe ne faiblit pas.

Surtout, ils ont soufflé le nom de Vandier pour enfiler le costume de numéro deux de l’Otan, réservé à un cinq-étoiles tricolore depuis que la France a rallié, sous Sarko, le commandement intégré de l’Alliance. Une exfiltration de génie !

L’actuel titulaire, le général d’aviation Philippe Lavigne, tire sa révérence en juillet. Difficile pour Vandier de refuser la succession.

Macron — qui, avant l’invasion de l’Ukraine, avait décrété que l’Otan était « en état de mort cérébrale » compte désormais sur l’Alliance pour protéger l’Europe.

Avec le probable retour de Trump à la Maison-Blanche, il faudra bien un amiral pour tenir le cap. La succession de Burkhard attendra…


Odile Benyahia-Kouider et Christophe Labbé. Le Canard enchaîné. 31/01/2024


3 réflexions sur “Guerre des galons

  1. tatchou92 04/02/2024 / 0h38

    çà c’est de la stratégie…

  2. bernarddominik 04/02/2024 / 8h51

    Macron a tort de ne pas se laver les oreilles, car il aurait entendu Trump dire à Davos qu’en aucun cas les usa n’interviendraient si l’UE était attaquée. Et Biden n’a pas vraiment démenti.

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