Au Cojop, voire des couleuvres

« AOC » et ses soutiens n’ont pas l’esprit d’éthique

Gabriel Attal aura tout fait pour mettre Amélie Oudéa-Castéra sur la touche.

Depuis le premier jour, la ministre des Sports et des Jeux olympiques a accumulé les bourdes, jusqu’à pousser le recteur de Paris à la démission. Dernier épisode en date : la publication dans l’hebdomadaire « La Tribune » (28/1) d’une « lettre ouverte à la communauté éducative ». Signé par 50 personnalités du sport français, ce texte n’est rien d’autre qu’une déclaration d’amour à « AOC ».

Les deux tiers des signataires sont des patrons de fédé sportive. Le reste ? Des hauts fonctionnaires du ministère des Sports, nommés et « placés directement sous l’autorité hiérarchique de la ministre », comme les directeurs techniques nationaux (DTN).

A l’initiative du plaidoyer, Ludovic Royé et Benjamin Maze, respectivement président et vice-président de l’association française des DTN. Une fois le texte ficelé et les premiers cosignataires recrutés, ils ont fait appel à Olbia Conseil, une boîte lancée en janvier 2014, qui « accompagne les acteurs du sport » et signe de gros contrats avec Paris 2024.

Thomas Remoleur, son fondateur, est un ancien cadre du Comité d’organisation des Jeux olympiques. Il a aussi été, en 2016, l’une des chevilles ouvrières d’un think tank baptisé « Rénovons le sport », chargé de muscler le programme présidentiel de Macron, avec comme tête pensante, à l’époque, une certaine… Amélie Oudéa-Castéra.

Laquelle s’entraînait pour sa nomination au ministère des Sports : une-deux, une-deux…

Honorabilité sans contrôle

Ce mélange des genres et le fayotage des hauts fonctionnaires ont passablement irrité Gabriel Attal. Qui a aussitôt contacté la secrétaire générale du gouvernement pour qu’elle somme la directrice des Sports d’Oudéa de convoquer les cadres du ministère lors d’une visioconférence, le 31 janvier au matin. « Elle nous a rappelé notre obligation de réserve, c’est tout », raconte un DTN fautif.

Il s’agissait, précise Matignon, d’« un nécessaire sévère rappel à l’ordre à l’éthique de chacun ». Oh le gros mot !

Les DTN, comme les 30 patrons de fédération sportive signataires (sur 109), ne semblent pas fans du-principe. « Certains ne sont pas à jour de leur contrôle d’honorabilité ni de leur déclaration à la HATVP (la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique) », relève la députée écolo Sabrina Sebaihi, rapporteure de la commission d’enquête parlementaire « relative à l’identification des défaillances de fonctionnement au sein des fédérations françaises de sport », qu’AOC qualifie de « militante et instrumentalisée à des fins politiques ». Hasard ?

La ministre est opposée à la proposition phare de la commission de créer une « autorité administrative indépendante chargée de l’éthique dans le sport ». Les fédés, pareil. Craindraient-elles pour leur bizness ?

Quant à Oudéa, elle semble avoir perdu la mémoire, elle qui, en 2016, préconisait, parmi les 35 « recommandations » de Rénovons le sport, de « mettre en place un contrôle de l’éthique externe au mouvement sportif ».

Depuis, elle a opéré un sacré retournement acrobatique. Au risque de se casser le cou ?


D. H. et F.R.-G. Le Canard enchaîné. 08/02/2024


6 réflexions sur “Au Cojop, voire des couleuvres

    • Libres jugements 12/02/2024 / 10h26

      Une illustration, un résumé facile à comprendre. Merci. Amitiés. Michel

  1. bernarddominik 12/02/2024 / 9h31

    Il ne faut pas confondre le sport et les machines à pognon que sont les fédérations, tout ce beau monde qui soutient AOC à de gros intérêts dans le monde du sport spectacle, grâce aux JO ce sont des milliards (entre 25 et 50 mais le chiffre réel est secret défense) qui vont passer de la poche du contribuable à celle de celle de ce beau monde. Alors ils sont tous solidaires, solidaires pour se partager le magot.

    • Libres jugements 12/02/2024 / 10h25

      Juste une petite précision non une grosse précision Bernard, dans le sport, il y a le sport professionnel et le sport amateur pratiqué par bon nombre de personnes — de la toute jeune enfance parfois jusqu’au vétéran, et ce, dans toutes les disciplines sportives — simplement pour la beauté de l’effort individuel ou collectif.
      À partir des moments où le sport devient une attraction commercialisée, les dérives sont constantes. Serait-il anormal de ne jamais dénoncer ces états de faits avérés ?
      Amitiés. Michel

  2. tatchou92 12/02/2024 / 23h18

    Notre ville de banlieue a passé une convention avec une sportive pratiquant un sport de combat. Cette dernière très sympathique est aidée, moyennant des heures de travail avec le club et les enfants. depuis son arrivée, les effectifs du club et de la section se sont renforcés, notamment chez les jeunes. Je note par ailleurs qu’un certain nombre de sportifs ont un statut militaire, peuvent se préparer sans trop de soucis, d’autres se débrouillent. Nous espérons que les médailles gagnées le seront dans l’esprit olympique…et que l’addition finalene nous réservera pas de surprises..

    • Libres jugements 13/02/2024 / 10h59

      Dans cette ville ou le social est d’abord, il n’est pas étonnant de voir l’entraide apporter à celles ou ceux qui en ont nécessité.
      Il est vrai qu’une grande majorité des sportifs ne peuvent prétendre exercer professionnellement sans avoir des aides, du mécénat, etc.
      L’État ne faisant grand cas que des super champion-e-s archi médiatisé-e-s

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