Trois fois rien

« Tout le monde a été, est ou sera gaulliste », aurait dit le Général un jour de grande modestie.

Beaucoup de monde a, en tout cas, adopté le rythme ternaire que chérissait de Gaulle. Même les plus jeunes ont vu cette scène de campagne télévisée dans laquelle l’homme du 18 Juin faisait mine de « sauter sur sa chaise comme un cabri en criant : « L’Europe, l’Europe, l’Europe ! » »

Nos dirigeants ont à leur tour adopté l’épizeuxe (la manie de tout tripler), dit « L’Opinion » (18/1).

« L’ordre, l’ordre, l’ordre ! » martelait un Macron qui se voulait martial après les émeutes de la fin de juin, dans un entretien commun à TF1 et à France 2. Six mois plus tard, le chef de l’État se faisait l’écho de lui-même. « L’école, l’école, l’école ! » scandait-il lors de sa conférence de presse du 16 janvier, histoire de faire oublier qu’il avait remplacé un peu vite son brillant ministre de l’Éducation pour le remplacer par une ministre qui se prenait les pieds dans le tapis du préau.

Devenu Premier ministre, Gabriel Attal a joué les bons élèves. « De l’action, de l’action, de l’action ! » a-t-il asséné sur TF1 le 11 janvier. « Des résultats, des résultats, des résultats ! » enchaînait-il, histoire de dépasser le maître.

On imagine déjà son discours de politique générale, mardi prochain, et l’Assemblée frappée sur tous les bancs par ce syndrome de l’épizeuxe. « Confiance, confiance, confiance ! » lancera Attal, qui se gardera bien de la demander, par crainte d’un vote négatif, négatif, négatif. « Censure, censure, censure ! » répliquera l’opposition, habituée à dégainer ses motions à chaque 49… 3.

Les plus blasés se contenteront de soupirer : « Paroles, paroles, paroles ! », ainsi que Dalida le chantait, en 1973, dans un duo mémorable avec Alain Delon, qui n’avait pas encore de soucis avec ses enfants.


Article signé des initiales B. D. Le Canard enchaîné. 29/01/24


3 réflexions sur “Trois fois rien

  1. tatchou92 26/01/2024 / 21h23

    L’histoire retiendra -t-elle que lors de l’attentat du Petit Clamart par les ultras, Madame de Gaulle s’était inquiétée pour « les poulets »… Elle ne parlait pas des militaires de l’escorte, mais des gallinacés qui étaient dans le coffre de la voiture et destinés à être plumés et dégustés à Colombey.. Cela avait généré quelques gentils commentaires à l’époque dans le quotidien régional que lisaient mes parents.

    • Libres jugements 26/01/2024 / 21h41

      Bravo Danielle je ne connaissais pas cette anecdote de l’histoire qui n’est pas un détail…

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