Le comble !

Le gouvernement harcèle la Commission sur l’inceste

La CIIVISE vivra. Le gouvernement l’a confirmé : la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants aura un avenir. Au grand dam des personnalités engagées dans la protection de l’enfance, il n’a cependant pas précisé lequel.

Avec un rapport de 750 pages, 82 recommandations et 30 000 témoignages de victimes recueillis depuis sa création, en mars 2021, la Commission n’a pas failli à sa mission. Trop de zèle, peut-être, aux yeux d’une partie du gouvernement, qui, depuis des mois, joue à décrédibiliser cette toute jeune institution…

Ainsi, le 4 octobre, cinq membres de la Ciivise — dont ses coprésidents, Edouard Durand et Nathalie Mathieu — ont été convoqués par l’Inspection générale de la justice (IGJ) et l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) dans le cadre d’une mission d’appui.

 Officiellement, il s’agissait de faire le point sur les besoins des victimes. « Mais c’était un piège », tranche un témoin, qui dépeint quatre heures d’interrogatoire sur les méthodes de la Commission… pourtant indépendante !

Dans le viseur des inspecteurs : le recours au Collectif féministe contre le viol (CFCV) pour gérer la ligne d’écoute des victimes. Ils se sont demandés si l’appellation « féministe » n’avait pas empêché des hommes de témoigner. Comme huit appelants sur dix sont des femmes (ce qui correspond à la proportion connue des victimes d’inceste), la question ne se révèle pas des plus pertinentes.

Ciivise trop juste

« Les inspecteurs ont aussi remis en question l’attention de la Ciivise vis-à-vis des victimes, détaille un témoin. On nous a demandé si certaines d’entre elles n’avaient pas fait de décompensation dans le métro en quittant l’audition, et si nous avions fait intervenir le Samu en réunion publique. Comme si on les abandonnait à leur sort… »

De l’art de chercher la petite bête pour discréditer l’institution ? Il est vrai qu’elle paraît difficile à prendre en défaut : ne dépensant que 1,3 million d’euros sur un budget de 4 millions, elle a même réussi à faire des économies !

À l’origine de cette tournée d’inspection, le secrétariat d’État chargé de l’Enfance, le ministère de la Justice et celui de la Santé ont recouru à « une méthode de voyous », juge Arnaud Gallais, cofondateur de Mouv’Enfants et membre bénévole de la Ciivise.

Selon lui, ces ministères ont voulu se venger de la publication, le 12 juin, d’un « avis » de la Commission pointant l’inaction judiciaire pour protéger les bambins et estimant à 9,7 milliards d’euros le coût des agressions chaque année.

Les conclusions des deux inspections étaient attendues début novembre, mais elles sont restées dans les tiroirs. Alors que le rapport final de la Ciivise devait être remis le 20 novembre, à l’occasion de la Journée internationale des droits de l’enfant, aucun ministre n’a daigné se libérer.

Charlotte Caubel, la secrétaire d’État à l’Enfance, a préféré convier la Commission à la dernière minute/le 17 novembre pour qu’elle lui remette le fruit de ses trois ans de travail.

Méthodes de voyou

Interrogée sur l’avenir de la Ciivise, la secrétaire d’État est restée muette. Deux jours plus tard, dans « Le Journal du dimanche » (19/11), elle s’est simplement engagée à ce que « le travail de la Ciivise continue ». Et, le 20, elle s’est gardé la vedette pour annoncer ses propres mesures, dont certaines empruntées à la Commission.

Les bénévoles ont particulièrement apprécié son one-woman-show…

Au-delà de la Commission, c’est surtout son patron, le juge des enfants Edouard Durand, qui dérange. Son aura médiatique, son indépendance, ses mises en cause du traitement judiciaire des violences sexuelles (une seule plainte pour viol incestueux sur dix aboutit à une condamnation) ont fait de lui une cible de choix.

Surtout, son positionnement en faveur des victimes et son mantra — « Je te crois et je te protège » — font tache au sein de la magistrature, dont est issue Charlotte Caubel. La secrétaire d’État précise au « Canard » « être très satisfaite du travail effectué par la Ciivise ».

Le bureau de la Commission a du mal à la croire et à se sentir protégé.


Fanny Ruz-Guindos. Le Canard Enchaîné. 06/12/2023


Moralité : « Qui veut tuer son chien, affirme qu’il a la rage ». Ce n’est pas parce que l’inceste est vieux comme le monde, qu’il aurait des droits à se poursuivre. MC


2 réflexions sur “Le comble !

  1. bernarddominik 11/12/2023 / 13h32

    La réalité est plus crue la ciivise n’a jamais empêché ni viol ni violence.
    Comme quelques centaines de consœurs, elle ne sert à pas grand-chose sinon alimenter des statistiques inexactes, car issues d’extrapolations discutables. Mais aussi à ramasser des subventions.

    • Libres jugements 11/12/2023 / 14h06

      Comment aurait-on pu connaitre des statistiques dérangeantes au demeurant pour les forces de polices et la magistrature hors le travail de la CIIVISE ?
      Ne nous y trompons pas, s’il y a inspection par le gouvernement (d’ailleurs diligenté par quel ministère ?) autour de cette instance, c’est bien parce qu’elle dérange quelques ministres ou le locataire de l’Élysée.

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