C’est l’affaire dans l’affaire…

… mais la justice veut savoir.

Qui a livré à la fachosphère les noms, adresses et numéros de téléphone des neuf mis en examen pour leur participation à la rixe mortelle du bal de Crépol (Drôme).

Trois semaines après la mort du jeune Thomas, qui a provoqué une vague d’indignation… et de récupération politique, le procureur de Valence a lancé une enquête pour identifier les policiers ou les gendarmes qui ont balancé les identités et coordonnées des neuf suspects, encourageant ainsi les tentatives d’expéditions punitives de plusieurs dizaines d’excités à Romans-sur-Isère. Face aux ultimatums haineux déversés sur les réseaux sociaux, certaines familles n’ont plus d’autre choix que de déménager.

Pour la Place Beauvau, cette curiosité du parquet est une véritable grenade dégoupillée. Elle risque de faire sauter le couvercle d’une réalité inavouable : l’infiltration du ministère de l’Intérieur par l’ultradroite.

Preuve du malaise ?

La Direction générale de la police nationale (DGPN) n’a pas cru bon de comman­der aux bœuf-carottes une enquête pour déterminer si les fichiers de flics avaient servi de bois de chauffe à la flambée anti-maghrébine après Crépol.

Mieux encore : la même DGPN n’a jamais sollicité ses services de renseignement territorial pour connaître le degré d’infiltration des fachos dans le poulailler. Il suffit pourtant de plonger son nez dans les réseaux sociaux pour mettre au jour la flicaille facho déterminée à en découdre.

En avril, un policier varois a fini par être suspendu pour avoir échangé des messages à caractère raciste et des appels à l’action violente sur une boucle Telegram baptisée « FR DETER » — comprendre « Français DETERminés ». Tout un programme !

Poulet chasseur

La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), qui, depuis 2014, n’est plus sous la coupe du patron des flics, fait discrètement le boulot. D’après les informations du « Canard », elle a dans son viseur une centaine de poulets penchant vers l’ultradroite.

Dans un rapport confidentiel de 2017, déjà, elle faisait état d’une cinquantaine de cas inquiétants. Le 12 juillet 2016, lors d’une audition à l’Assemblée, Patrick Calvar, son patron de l’époque, avait d’ailleurs pronostiqué « une confrontation entre l’ultradroite et le monde musulman ». Ça donne la chair de poule !

Chaque fois qu’elle enquête sur des projets d’attentat menés par des militants d’extrême droite, la DGSI ramène dans ses filets des anciens de la police ou de l’armée. Dernier exemple en date : la mise sous écrou, le 17 novembre dernier, d’un militaire et d’un flic retraité, soupçonnés d’avoir fourni des armes à des néonazis en guerre contre des « antifas ».

L’ultradroite fait également son nid dans la gendarmerie. Plusieurs pandores ayant viré au brun sont aujourd’hui placés sur écoute administrative par l’Inspection générale de la gendarmerie nationale. Bonjour l’ambiance dans les casernes. Manquerait plus que les suspects finissent fichés S !

Les plaintes pour menaces déposées par les proches des neuf jeunes impliqués dans la mort de Thomas, dont se sont saisis le procureur de Valence et le pôle national de lutte contre la haine en ligne du parquet de Paris, pourraient bien mettre sens dessus dessous les forces de l’ordre en révélant leur porosité avec l’extrême droite.

Le 3 avril dernier, devant la commission des lois à l’Assemblée, Jean-François Carenco, alors ministre des Outre-Mer, s’inquiétait de « l’infil­tration d’institutions sensibles qui entraîne des vulnérabilités susceptibles de mettre en péril des opérations ou d’attenter directement à la sûreté de l’État ». Il reconnaissait « la présence d’un nombre significatif d’individus connus au titre de leur proximité avec l’ultradroite parmi les forces armées et de sécurité ». Et de promettre de compter fissa les œufs pondus par l’ultradroite dans le poulailler. Sauf que, depuis, Carenco a été viré du gouvernement et que Darmanin fait le mort sur ce sujet. Il a peur de mettre le feu ?


Didier Hassoux et Christophe Labbe. Le Canard enchaîné. 06/12/2023


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