« Un homme tué dans son appartement après des tirs sur son immeuble. » Il est 9 h 51, ce dimanche 26 novembre 2023, quand l’alerte tombe. Un homme de 55 ans a été mortellement blessé à Dijon, alors qu’il était allongé dans son lit, non loin de sa femme et de son enfant. Bientôt, cet homme, qui n’a eu d’autre tort que d’habiter près d’un point de deal, aura un nom et un visage.
Comme Socayna, l’étudiante tuée en septembre alors qu’elle travaillait à son bureau.
Ou Fayed, 10 ans, assis dans une voiture qui passait au mauvais endroit, au mauvais moment, en août.
Le trafic de drogues tue chaque année plus d’innocents,
victimes de balles perdues et de rafales à l’aveugle.
Des drames qui interrogent : la société serait-elle devenue plus violente ?
Déjà, les émeutes de juillet nous avaient laissés interdits. Et ces derniers jours, la mort de Thomas, 16 ans, poignardé lors d’une fête de village dans la Drôme, a mis le débat politique sous extrême tension.
« Ensauvagement », « barbarie », « razzia »…
A droite et à l’extrême droite, chacun y est allé de son couplet accusateur, de son raccourci nauséabond, dans une désolante tentative de récupération qui n’aide ni à penser ni à agir.
Ces dernières années pourtant, les sociologues le répètent : la société n’est pas plus violente – le nombre d’homicides stagne autour de 800 à 900 par an -, c’est notre seuil de tolérance qui a baissé.
Ce constat est-il toujours juste et pour combien de temps ?
La saisissante enquête que nous publions cette semaine montre l’émergence en France de très jeunes tueurs à gages, qui font bondir le nombre des morts en lien avec le trafic de drogues. Une nouvelle étape dans le durcissement du trafic. Alors que 5 millions de personnes ont consommé du cannabis en 2022 et que l’usage de la cocaïne et des drogues de synthèse
s’envole, le deal se professionnalise, s’étend à des communes réputées calmes, se rajeunit. Pour le qualifier, policiers et magistrats butent sur les mots : mexicanisation, ubérisation du crime, narco-terrorisme…
Alors, que faire ?
Au ministère de l’Intérieur, Gérald Darmanin déclare la « guerre totale » aux points de deal et aligne les saisies record. Mais celles-ci altèrent à peine la prospérité des réseaux, dont le chiffre d’affaires frôlerait les 3 milliards d’euros par an.
A Marseille, on augmente les moyens de la police et de la justice, on cible les têtes de réseau, les flux financiers, les avoirs… Cette politique doit être renforcée partout, y compris au niveau européen. Mais elle ne suffira pas, seule, à casser l’engrenage de la violence.
Sur le cannabis en particulier : la France est le plus gros consommateur en Europe, malgré une des législations les plus sévères. Une hypocrisie qui dure depuis des décennies.
Derrière pointe le débat sur la légalisation, un mot tabou en France, alors que d’autres États s’y essaient, tentés par le contrôle des produits et des usages.
Gérald Darmanin préfère culpabiliser les consommateurs, feignant d’ignorer que l’addiction est une maladie chronique, récidivante, qui balaie tout sur son passage, y compris l’entourage. Elle requiert de la prévention et un suivi médico-social soutenu. Deux secteurs sinistrés de l’action publique.
La nécessaire amplification de l’accompagnement social des jeunes, en particulier dans les quartiers et campagnes gangrenés par le trafic, n’est pas une question politique ni idéologique, mais pragmatique.
[…]
Flore Thomasset. Édito. L’Obs. N° 3087 – 30-06/11-12/2023
La vérité c’est qu’on est démuni face aux ravages de la drogue, de plus les drogués sont souvent eux mêmes des revendeurs. Tant qu’on ne créera pas un droit d’exception pour lutter contre la drogue on ne pourra rien faire.