… l’extravagante promesse de baisse des impôts…
Impossible n’est pas français, affirme la fierté nationale (et Gabriel Attal, le ministre du Budget).
Depuis quelques jours, il annonce des baisses d’impôts « aussi vite que possible ». Il précise, si l’on peut dire, à l’Opinion : « Cela peut passer par l’impôt, par les cotisations sociales, ça peut être les successions… »
Sortir de la crise des retraites
Le très politique et macronien ministre du Budget livre la motivation première de cette promesse : « Permettre aux classes moyennes de mieux vivre de leur travail. » Impatient de dépasser la crise des retraites, le gouvernement utilise la même recette qu’après la crise des gilets jaunes : baisser les impôts pour reconquérir les classes moyennes, ces « Français qui comptent essentiellement sur leur travail pour vivre. Pas sur les aides sociales, ni sur un très gros patrimoine », selon la définition de Gabriel Attal.
Pourquoi pas ? Deux indices publiés vendredi pointent l’extravagance de la promesse. Le premier est la croissance française au premier trimestre, 0,2 %. Elle prouve « la solidité de l’économie française », s’est réjoui le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Elle recouvre cependant une consommation des ménages atone, et des investissements des entreprises en retrait. L’abondance n’est pas au programme.
« Tuer la bête » de l’inflation
L’autre indice est celui de l’inflation : 5,8 % en France, 6,9 % dans la zone euro. « Il faut aller tuer cette bête », a aussitôt alerté le directeur du Fonds monétaire international (FMI), Alfred Kammer. Comment ? Par des hausses de taux d’intérêt durant « plus longtemps », hausses qui vont brider la croissance…
La bride sera d’autant plus serrée que la dette est élevée, puisque la hausse des taux augmente le coût de ses intérêts. Or, la France est en ce domaine une très mauvaise élève (voir l’infographie).
Résultat : les intérêts de la dette ont prélevé dans le budget de l’État pas moins de 50 milliards l’année dernière, contre 35 l’année précédente.
Un gouverneur inquiet
Résumons : le gouvernement, par la baisse des impôts, se prive de recettes alors qu’elles ont déjà tendance à stagner avec la faible croissance, et qu’il voit augmenter les dépenses de la dette, le tout en promettant une réduction du déficit à Bruxelles qui vient d’annoncer le retour au sérieux budgétaire…
Par quel miracle résoudre l’équation ?
Par la réduction des autres dépenses, dit-il, la fin du « quoi qu’il en coûte », mais sans jamais en donner le détail – Élisabeth Borne n’en a rien dit en présentant sa « feuille de route ».
Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, réputé pour peser ses mots, a clairement appelé cette semaine à « arrêter les baisses d’impôt non financées ».
L’on saura au plus tard en juillet, avec la présentation au Parlement d’une loi de programmation des finances publiques, si le gouvernement persiste dans son intention. L’été sera politiquement chaud.

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Quel impôt baisser ?
Le gouvernement hésite sur l’impôt à baisser. Trois options sont sur la table, sans écarter qu’une quatrième les coiffe au poteau :
- Droits de succession : envisagée dès le premier quinquennat, une baisse du taux d’imposition des héritages hors ligne directe (par exemple, les nièces et neveux) et des donations de grands-parents à petits enfants (coût : 3 à 4 milliards d’euros). Moins en vogue, car davantage « classe supérieure » que « classes moyennes ».
- Cotisations sociales : très faibles sur les bas salaires, elles deviennent importantes au-dessus de 1,6 Smic. Avantage : gain visible sur le salaire net. (une nouvelle fois, diminuer les recettes dévolues à la sécu – soins, retraite, accident du travail. MC)
- Impôt sur le revenu : soit par la baisse du taux sur les premières tranches, comme en 2020 (coût : 5 milliards) ; soit par la revalorisation des tranches : au niveau de l’inflation, comme cette année (coût : 6 milliards), ou plus haut – ce qui permet de gagner plus sans payer plus d’impôts, voire en payer moins.
Francis Brochet. Le Dauphiné Libéré. 29/04/2023
En espérant que cet article ne vous « gâche » pas votre beau Week-End du 1ᵉʳ mai… ou vous incite à manifester avec tant d’autres personnes dans les rues, votre mécontentement, le mécontentement populaire. MC
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Précisons : augmenter les tranches d’impôt en fonction de l’inflation n’est pas un cadeau fiscal, mais un simple mesure d’équité car même dans ce cas les impôts augmenteront mais pas plus fortement que l’inflation et en 2020 il n’y a eu aucun cadeau fiscal mais un ajustement à l’inflation des années précédentes. Donc Francis Brochet devrait retourner à l’école apprendre à compter. Le poids des impôts a baissé sur les très gros revenus et les petits soumis qu’à la première tranche, or le poids des prélèvements a augmenté. Pas de mystère c’est que ceux qui sont entre la seconde et la dernière tranche ont plus payé d’impôts. Quand à Villeroy de Galhau il a tout à fait raison, il faut arrêter de financer par l’emprunt les choix du gouvernement, tout en affirmant vouloir baisser l’endettement. Les agios payés par l’état vont bientôt être la première dépense de l’état, un sacré cadeau aux financiers qui lui prêtent.