Punir les délinquants, oui…

Mais, avec un minimum d’humanité, de salubrité.

Dans la série « Prisons pourries et surpeuplées », bienvenue au centre pénitentiaire de Toulouse-Seysses (Haute-Garonne), dont « Le Canard » a déjà présenté le brillant palmarès (5/1) : saleté, violence, 195 matelas au sol (un record), taux d’occupation de 186 %…

Un vrai petit paradis à ciel fermé ! Lumière dans les ténèbres, toutefois : depuis peu, la loi permet aux prisonniers de contester leurs conditions de détention devant les juges. C’est ce qu’a tenté de faire Jacques devant le tribunal de Toulouse, en décembre 2021 et en ce mois de février 2022. Il n’a pas été déçu.

Un cafard dans la nuit

Ce condamné pour vol et recel de vol est incarcéré à Seysses depuis le 17 juin 2021. Y étant déjà passé en 2016 et en 2017, il connaît bien le lieu. Enfermé avec deux codétenus dans une cellule pour deux, il dort par terre et sort peu. Rapidement, sa santé décline.

Le 27 septembre 2021, une planche mal fixée lui tombe sur la tête : traumatisme crânien. « Ce type d’incident peut survenir en milieu libre et ne ca­ractérise pas le milieu carcéral », modère le juge qui examine le recours. Et qui, sans aucun doute, visite souvent ce « milieu ».

Comme d’autres avant lui, Jacques se plaint aussi de la présence de cafards dans les cellules. Il a même avalé une bestiole dans son sommeil, explique-t-il !

Réponse du magistrat, vibrante d’humanité : « Ces insectes, qui ne sont pas l’apanage des cellules d’établissements pénitentiaires, sont aisément destructibles par un produit insecticide d’usage courant. » Et puis le détenu ne précise pas les « circonstances de l’ingestion alléguée ». Tout ça ne suffit pas à « constituer un commencement de preuve de conditions indignes de détention ». Sûr !

Pas de portes entre les toilettes et le reste de la cellule ? 9 m2 pour trois prisonniers ?

Certes, reconnaît le magistrat, magnanime, « la situation est évidemment inconfortable et malcommode ». Mais, dans ce lieu de vie, c’est la « relation humaine » qui reste « primordiale ».

D’ailleurs, les deux codétenus de Jacques l’affirment : entre les trois hommes règne « une entente cordiale et pacifique, fondée sur le respect et la communication, fondatrices d’un fonctionnement collectif». Plus belle la taule 1

Touche finale du juge ? Si Jacques « se comportait en citoyen digne et respectueux des lois, il ne serait pas confronté aux conditions de détention qu’il estime contraires à sa dignité ». Ce qui condamne par avance tout recours d’un taulard ! « Cette décision n’est que morale, s’irrite David Nabet-Martin, l’avocat du détenu, elle n’a rien de juridique. »

Le 17 février, la cour d’appel a estimé que certains griefs de Jacques étaient recevables. Sauf qu’il a quitté sa cellule depuis ; son recours n’a donc plus lieu d’être. Il est désormais hospitalisé pour une tuberculose multiviscérale. La prison n’y est sûrement pour rien.


Marine Babonneau. Le Canard Enchainé. 23/02/2022


5 réflexions sur “Punir les délinquants, oui…

  1. bernarddominik 02/03/2022 / 9h24

    Je sais que cette idée choquera mais elle permettrait d’avoir des prison modernes et beaucoup moins chères : proposer un deal à la Tunisie qui a un taux de chômage de 40%: construire nos prisons là bas suivant les normes UE et embaucher du personnel tunisien, on y mettrait les longues peines et les étrangers condamnés

    • Libres jugements 02/03/2022 / 9h55

      Eh bien Bernard, les propos d’un Ciotti ou d’un Zemmour, d’une Marine LP, t’auraient-ils perverti au point de vouloir rouvrir une prison type Cayenne ?
      D’autre part jusqu’à preuve du contraire la Tunisie n’est pas un département français et je ne vois pas pourquoi serait expédié des condamnés Français dans ce pays…
      À moins de sous-entendre dans ton commentaire (et pour ma part, ce serait là une position, une mentalité, très grave) qu’il faut emprisonner dans des pays maghrébins, les condamnés par la justice française, ayant la religion l’islamique !!! Zut revoilà les tenant de l’extrême droite…
      Michel

      • jjbadeigtsorangefr 02/03/2022 / 17h34

        La visite est un droit, elle fait partie de droits du détenu qui doit pouvoir rencontrer de temps en temps sa famille et ses amis. Le voyage en Tunisie sera payé sûrement par l’administration pénitentiaire avec prise en charge de l’hôtel à coté de la prison. Bernard devrait en parler au garde des sceaux …………………Il n’a pas si souvent l’occasion de rigoler. Quant au juge qui ignore la plainte d’un détenu il n’a pas sa place dans un tribunal. Il n’est en effet pas chargé de faire la morale mais d’appliquer des textes au nom du peuple français. C’est cela dire le droit.

  2. Danielle ROLLAT 02/03/2022 / 22h05

    C’est vrai qu’il y a une surpopulation carcérale, et que les conditions d’incarcération ne sont pas toujours très dignes… comme s’en sont indignés avec raison, les différents Défenseurs des Droits… et les contrôleurs des Prisons. Enfin, le droit de visite existant, comme le souligne Jean-Jacques, celui-ci devrait s’appliquer partout, afin que tous les détenus et leurs proches en bénéficient.
    Cela n’est pas le cas de l’un d’entre eux, rendu hélas célèbre… (et pour qui je n’éprouve aucune sympathie particulière), qui vient de faire malgré lui, tragiquement, la une des infos aujourd’hui… sera-t-il transféré s’il récupère ?

  3. luc nemeth 08/03/2022 / 18h18

    C’est tout à fait votre droit de n’éprouver « aucune sympathie particulière » (sic) pour un détenu qui est entre la vie et la mort, et dont la culpabilité reste à démontrer : mais est-ce bien nécessaire de le faire savoir à tout le pays ?

Répondre à bernarddominikAnnuler la réponse.