Un avis… oui, mais…

Un avis d’après un sondage encore bien loin des élections

Un sondage ou même le front républicain est mal en point.

Le Covid n’est pas directement en cause, mais une partie de l’électorat, lassée d’avance à la perspective d’un nouveau duel Macron-Le Pen au second tour en 2022. « Libération » en avait déjà, voilà peu, fait le constat, en publiant les témoignages d’électeurs de gauche expliquant qu’on ne les y reprendrait plus. Qu’ils avaient déjà « fait barrage » à l’extrême droite en votant Chirac en 2002 puis, en 2017, Macron, mais qu’en 2022 pas question ! Ils voteront blanc ou ne se déplaceront pas si se présente la même configuration. Plus question pour eux de pacte républicain, et advienne que pourra.

Au risque donc que ce qu’il advienne puisse être la candidate du RN. Une hypothèse qui, jusque-là, tout en occasionnant quelques frayeurs, restait du domaine de l’improbable, sinon de l’impensable.

Et voilà qu’un sondage publié lundi par « L’Opinion » va dans le même sens et vient corroborer cette impression d’un front républicain secoué dans ses fondations et d’un « barrage » à l’extrême droite qui se lézarde. Et pas seulement à gauche.

En 2022, à en croire ce sondage, dans la configuration Macron-Le Pen, les électeurs socialistes (50 %), Insoumis (52 %) et écolos (44 % chez ceux de Jadot) resteront à la maison.

Et, à droite, 41 % des Républicains ne bougeront pas non plus pour lui, mais (dans l’hypothèse Bertrand) 21 % se disent prêts à se déplacer pour Marine Le Pen !

En clair, entre vote blanc, abstention et défection, l’électorat des grands partis ne se bousculerait pas pour faire « barrage » comme, au nom du front républicain, il en était jusque-là d’usage.

Ce n’est certes qu’un sondage, et, à quatorze mois de la présidentielle, en ces temps pour le moins incertains, il serait évidemment intrépide d’y voir un fait avéré. Pour autant, plus qu’un mouvement de mauvaise humeur, cette réticence affichée d’une partie des sondés de gauche et de droite à voter LR-EM contre le RN n’a pas fini d’interroger.

Une partie de la réponse est bien sûr contenue dans les témoignages comme dans le sondage.

Elle tient à gauche dans le rejet du pouvoir en place dû à la déception d’un Macron dont le programme a vite été jugé « en même temps » à droite et à droite seulement.

Dans le dépit aussi d’une gauche toujours en morceaux et n’en finissant pas de montrer une incapacité flagrante à les recoller. Et, surtout, à parvenir à se mettre d’accord sur une candidature susceptible de rassembler.

A droite, au-delà des difficultés chez LR en dépit de la multiplication des candidats potentiels à trouver un « candidat naturel », ce sont les tentations d’électeurs d’aller voir ailleurs, d’aucuns chez Macron, d’autres chez Le Pen, qui posent problème et question.

Chez les principaux intéressés, on feint de ne pas trop s’en préoccuper. Marine Le Pen, désormais amie de l’euro, de l’Europe et du remboursement de la dette, se contente de cacher sa joie. Et, tout en soutenant Sarko contre ses juges, ne se plaint pas que les siens ne se penchent pas sur ses problèmes judiciaires avant l’élection.

Macron, lui, fait répéter par ses troupes que l’extrême droite existait avant lui et que la crise sanitaire et celles économique et sociale qui s’ensuivront passent avant celle d’un duel qui n’est pas pour le contrarier.

Le problème n’en est pas moins un, les régionales seront sans doute là pour le rappeler à celui qui, en 2017, se voulait « le meilleur rempart contre les extrêmes » et qui va désormais devoir le prouver…


Erik Emptaz – Edito. du 10/03/2021 du Canard Enchainé