Des mots qui définissent parfaitement le caractère ardéchois du fond vallée autour du Burzet (07) ou il vit.

Issarfol

 Un matin de pluie glace, le pas mal assuré, 
 Je remonte le temps par le chemin du beurre,
 Qui descendait jadis des Sagnes et Goudoulet,
 Les trésors du plateau, en passant par Péreyres.
  
 D'hivernales giboulées font une entrée tardive,
  Dans le cycle des eaux venues laver la terre. 
 Les ruisseaux indolents outrepassent leurs rives, 
 Et nourrissent le ventre impétueux des rivières.
  
 Les masures esseulées se cachent à ma vue, 
 La pudeur paysanne prend des airs de fierté. 
 Elles chuchotent ensemble, jouant les ingénues, 
 Mais leurs sourires trahissent la joie dissimulée.
  
 Les heures de quelques-uns me remontent au visage, 
 Leurs vies de besogneux héritiers de la terre,
 Qui prolongeaient alors, chaque jour à l'ouvrage, 
 Un travail de devoir initié par leurs pères.
  
 Une histoire prisonnière de ce lieu de labeur, 
 Et de l'âtre noirci aux feux de châtaignier. 
 En des temps où l'on ne cherchait pas son bonheur, 
 Préférant de loin vivre... Années après années !
  
 Dans la lueur diaphane d'un foyer qui toussote, 
 Rassemblée comme un seul devant la cheminée, 
 La cellule familiale réchauffait ses menottes, 
 Et terminait les jours, en ronde à la veillée.
  
 Passeront des badauds, résidents d'un quart d'heure, 
 Qui tout comme je le fais, réveilleront ce lieu. 
 Mais pas un ne pourra par un sort enchanteur, 
 Faire renaître les chants des jeunes et des vieux...
  
 Tellement de jours sont morts dans les calendriers, 
 Hécatombe de Saint par charrettes mensuelles. 
 Depuis cette dernière qui voulue bien « céder », 
 Et descendre au village y souffler sa chandelle.
  
 Femme,
 Je mets mes pas dans les tiens...
                                                        Et, vois-tu ! 
 Moi aussi je ploie, « le faix » sur les épaules, 
 Ce fardeau de douleurs que la Vie distribue, 
 Comme à toi autrefois, dans les clos d'Issarfol.
  
 Qu'un arbre enfin s'invite, au coeur de la maison, 
 Que son bruissant feuillage ne remplace les tuiles... 
 Cet invité prendra, saisons après saisons, 
 La place que les Hommes tenaient pour légitime.
  
 Un hameau isolé, peut lui aussi avoir,
 Quelques fermes à l'écart où la vie fût plus rude.
 Et parfois même, au bout d'un long chemin sans gloire, 
 S'en naufragent des ruines dans trop de solitude.
  
 Un tonnerre fracassant claque en éclat de rire, 
 Que la vallée s'empresse de répandre en écho. 
 On peut faire d'un destin, le meilleur ou le pire, 
 L'oeil avisé sait voir, dans nos misères, le beau.
  
 Hors d'elle-même, la Bourges a doublé de volume, 
 Emportant le limon et ses berges au passage. 
 Le courage d'un seul peut décrocher la lune, 
 La patience de l'eau déplace les montagnes... 

Loïc Lacam