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Qu’est-ce qui te gonfle en matière d’érotisme ?

La performance. Elle implique la posture, l’artifice. Se faire passer pour ce qu’on n’est pas, c’est tout sauf érotique.

Que penses-tu du sexe en 2018 ?

Le sexe, c’est vieux comme le monde. On a trouvé des sextoys vieux de 30 000 ans : se mettre des trucs dans le cul n’est pas un progrès. Ce qui évolue, c’est ce qu’on en pense, et encore… Récemment, dans une rencontre avec des lycéens, j’ai parlé de “cunnilingus” et il y a eu droit des rires gênés, des onomatopées dégoûtées. Après les avoir traités de puceaux, j’ai pensé que finalement, bon, ça ne bouge pas. Et ce n’est pas plus mal, de préserver cette inhibition. Ça rend les choses plus émouvantes.

Comment l’envisages-tu dans le futur, disons dans cinquante ans ?

Fidèle à lui-même. Les grandes idées suivent un schéma précis, d’abord ridicules, puis dangereuses et, enfin, évidentes. Le sexe suit le même chemin dans l’appréhension qu’on en a : d’abord inhibant, flippant ensuite, évident enfin. Cinquante ans ne suffiront pas à bousculer un schéma vieux de plusieurs siècles.

L’érotisme exige-t-il du sérieux ?

Oui, quand on est dans la performance. Ou si on tourne dans un porno. Sinon, surtout pas. On consacre comme “sexy” quelque chose qui est de l’ordre de la transformation de soi, qui se situe hors de nous, et dont on doit se parer. J’y vois beaucoup d’artifice. Pour moi, rien n’est plus sexy que le naturel, et quand on est naturel, on ne se prend pas au sérieux.

Une tenue sexy ?

Je peux trouver une fille sexy dans son pyjama. Je préfère une culotte en coton à de la dentelle.

On est sexy à travers ce que l’on est, pas par ce que l’on fait. C’est une question d’attitude plus que de parure. Les déguisements, les emballages, moi, ça ne m’intéresse pas.


Carole Boinet – Les Inrocks – Source (Extrait)