Pour les salariés tatoués,
des préjugés qui leur collent à la peau
Un petit truc en plus qui ne plait pas à tout le monde.
Alors que 22 % des Français sont tatoués et même 42 % des 25-34 ans, ce Signe distinctif est loin de faire l’unanimité dans le monde professionnel. Selon une étude (1) parue en janvier et menée par trois chercheurs de l’EM Normandie, 30 % des Français tatoués disent avoir déjà subi des remarques déplacées à ce sujet de la part de leurs collègues ou de leurs managers, ce qui peut être vécu comme des micro-agressions. Pire encore, 7,7 % estiment avoir été victimes de discrimination : évaluations injustes, mises à l’écart, refus de promotion ou d’évolution professionnelle…
Une perception qu’explique Vincent Meyer, sociologue du travail a l’EM Normandie : « Différentes études ont montré que les personnes tatouées sont vues par certains managers et recruteurs comme moins responsables, moins professionnelles, moins impliquées que les autres salariés » Le tatouage est aussi perçu par certains comme un marqueur social : « Il est historiquement associé aux classes populaires., souligne le chercheur. Il peut notamment être mal toléré dans les postes en contact avec des clients, des patients ou encore dans les fonctions managériales ».
Un risque de désengagement chez les plus jeunes
Des stéréotypes qu’intégrèrent souvent les personnes tatouées et qui entrainent une vigilance accrue chez elles. « Elles cachent leur tatouage en entretien d’embauche et même une fois en poste, ce qui leur donne l’impression de ne pas pouvoir être elles-mêmes au travail. Puisque ce dessin ou cette inscription sur leur peau est un marqueur identitaire fort », constate Vincent Meyer. Cette dissimulation n’est pas sans conséquence à long terme et peut entrainer même une forme de désengagement au travail chez les jeunes salariés, observent les chercheurs.
Pour éviter cet écueil, Vincent Meyer recommande aux managers comme aux salariés d’en parler. « Ce n’est pas un sujet mineur, donc l’entreprise doit adopter un discours clair sur le sujet et fixer un cadre. Il faut pouvoir rassurer le salarié sur le fait que son tatouage n’est pas un problème, tout en précisant dans quelles situations il est préférable de le cacher », estime-t-il.
Certaines professions ont déjà clarifie leur position.
Depuis 2018, les policiers peuvent arborer des tatouages, condition qu’ils soient masqués lorsque ces professionnels sont au contact du public.
Autre précision de taille : « les tatouages ne sont pas admis s’ils montrent un signe manifeste d’appartenance à une organisation politique, syndicale, confessionnelle ou associative ou s’ils portent atteinte aux valeurs fondamentales de la Nation ».
Le tatouage, bien plus qu’un simple dessin à la mode, défie les conventions en interrogeant audacieusement l’équilibre fragile entre notre véritable identité et l’image que nous choisissons de projeter.
Delphine Bancaud. Le Dauphiné. 31/01/2026
(1) Management inclusif des personnes tatouées en France : désamorcer les discriminations grâce à la sécurité psychologique, de Vincent Meyer, Tony de Vassoigne et Sarah Alves.