Alors que seuls 40 % des sympathisants du Rassemblement national (RN) disent aujourd’hui avoir une bonne opinion de Donald Trump, selon le baromètre annuel Verian pour Le Monde, la direction du parti s’efforce de marquer ses distances avec le président américain, après une proximité longtemps revendiquée.
Une fascination longtemps assumée.
Le 9 novembre 2016, au lendemain de la première élection de Donald Trump, Marine Le Pen ne cachait pas sa satisfaction. « J’ose répéter ici que l’élection de Donald Trump est une bonne nouvelle pour notre pays », déclarait alors la présidente du Front national, saluant la victoire d’un candidat élu « contre un système installé ».
Pour une partie de l’extrême droite française, le trumpisme incarnait alors la démonstration qu’une conquête du pouvoir était possible par les urnes, sur fond de rejet des élites, de souverainisme et de discours anti-immigration.
Invitations de Steve Bannon au congrès du Rassemblement National en 2018, déplacements de cadres du parti dans les cercles conservateurs américains, propos élogieux répétés durant le premier mandat : la proximité était visible, traduite par plusieurs gestes symboliques. « Dire aujourd’hui qu’ils n’ont jamais été trumpistes est excessif », analyse Jean-Yves Camus, politologue spécialiste des nationalismes et des extrêmes droites. « Quand on est totalement extérieur au trumpisme, on ne cherche pas à rencontrer Donald Trump avant son élection, on n’entretient pas de relations avec son entourage, on n’envoie pas de représentants à ses cérémonies d’investiture. Il y a eu une réelle empathie, liée au fait qu’il renversait l’establishment. »
Un second mandat plus difficile à assumer
Neuf ans plus tard, le retour de Donald Trump à la Maison Blanche place le RN dans une position bien plus inconfortable. Les orientations diplomatiques du président américain, ses menaces commerciales contre l’Union européenne et son mépris affiché pour certaines règles du droit international rendent toute défense publique de son action délicate.
La gêne s’est accentuée après les révélations du Der Spiegel évoquant l’hypothèse de sanctions américaines contre les juges français ayant condamné Marine Le Pen.
Le RN a critiqué une « information douteuse, présentée de manière anecdotique », en soulignant que les sources américaines ne l’ont pas confirmée. Il a aussi exprimé son indignation face à l’avertissement du président du tribunal de Paris sur de possibles pressions américaines avant le procès. […]
« On n’a jamais été trumpistes »
Face aux polémiques, la direction du RN s’efforce désormais de réécrire le récit. « On n’a jamais été trumpistes », a assuré le vice-président du parti Sébastien Chenu, le 26 janvier sur Public Sénat.
Jordan Bardella affirme ne pas être fasciné par les dirigeants étrangers et qualifie l’élection de Donald Trump de « mauvaise nouvelle pour la France ». Jean-Yves Camus estime que ce changement de position reflète une stratégie du RN visant à rassurer les électeurs inquiets, car le style imprévisible de Trump n’est pas compatible avec cette image.
Le retour des vieux réflexes souverainistes
Depuis le début de l’année, Jordan Bardella multiplie les déclarations soulignant son attachement au droit international et à la souveraineté européenne. Après l’intervention américaine au Venezuela, il a dénoncé une application « à géométrie variable » de ces principes, se démarquant de figures proches du RN, comme Marion Maréchal ou Eric Ciotti, qui avaient salué la chute du régime en place. […]
Des ambiguïtés qui demeurent
Ce repositionnement n’efface toutefois pas certaines ambiguïtés récentes. L’aller-retour avorté de Jordan Bardella à Washington, en février 2025, pour intervenir à la Conservative Political Action Conference (CPAC), son approbation du discours virulent du sénateur américain JD Vance à Munich, ou encore une remarque admirative devenue virale, « Mais où trouve-t-il toute cette énergie ? » ont nourri le soupçon d’une fascination persistante. Des symboles restent également lourds, avec la présence de Louis Aliot, premier vice-président du RN, à la cérémonie d’investiture de Donald Trump en janvier, ou les liens entretenus de longue date avec l’entourage du président américain. […]
Un électorat encore partagé
Une donnée qui éclaire la prudence du parti face à certaines affaires sensibles, comme les meurtres récents de deux Américains par l’ICE, la police anti-immigration. Jordan Bardella s’est contenté de parler d’une « tragédie », sans condamnation explicite. « Pour une partie de l’électorat, Trump reste le symbole d’une politique anti-immigration, autoritaire, hostile au wokisme et à l’IVG », observe Jean-Yves Camus. […]
Reste que ces 40 % ne suffisent pas à gagner une présidentielle. « Le RN pense désormais à ceux qu’il doit convaincre pour arriver au pouvoir en 2027 », poursuit le politologue. […] Donald Trump, longtemps perçu comme un modèle, apparaît désormais comme ce qu’il n’a sans doute jamais cessé d’être : un partenaire influent, mais profondément encombrant.
Emma Bador-Fritche. Public-Sénat (Source : extraits-Synthèse, lecture libre)
L’avis de B.H.
Il est difficile d’assumer une proximité avec le bouffon Trump.
Le RN a trop de contradictions entre l’affairisme prôné par Bardella, le népotisme de la famille Le Pen, les promesses de baisser les impôts des plus riches tout en aidant mieux les plus pauvres.
Si le RN gagne les élections, ça va être dur de satisfaire un électorat populaire sans sacrifier les grandes richesses.
Je ne crois pas à une victoire du RN.
Mais l’establishment et l’énarchie vont nous trouver un sauveur d’ici là