…. « L’erreur stratégique »
Le point de vue de : Diane Strauss est directrice T&E (Transport et environnement), Une ONG, qui fonctionne comme un institut de recherche, avec pour objectif la décarbonation des transports en 2050.
« Le retour en arrière opéré par la Commission européenne sur l’objectif de ne plus vendre de voitures thermiques après 2035 est, selon nous, une erreur stratégique, car elle va créer beaucoup de confusion auprès des ménages et qu’elle ne fera que réduire les investissements dans l’électrification. Et cela, alors que les constructeurs européens doivent urgemment se mettre à niveau de leurs concurrents chinois. On avait pourtant l’opportunité de créer une filière automobile, en France et en Europe, de développer une filière stratégique de la batterie et de sa chaire de valeurs sur le territoire européen. Là, on va ralentir les investissements et on prend le risque de prendre encore plus de retard par rapport à la Chine. Il fait rappeler que la Commission était sous une forte pression des constructeurs et de partis politiques, il était donc évident qu’elle donne quelque chose.
Le nouvel objectif propose est une baisse de 90 % des émissions des voitures neuves, en 2035 par rapport à 2021. Cela voudrait dire que même les véhicules thermiques les plus émissifs continueront à arriver sur le marché du neuf. Selon T & E, ce changement de règlementation pourrait conduire à vendre jusqu’à 25 % de véhicules électriques en moins, en 2035 par rapport au texte initial.
T & E salue en revanche l’annonce de la mise en place d’objectifs nationaux pour électrifier les flottes des grandes entreprises, mais cela reste trop peu ambitieux pour favoriser 1’adoption des VE dans un secteur qui devrait être a la tète des efforts d’électrification.
Les véhicules hybrides rechargeables pourraient être pris en compte dans les objectifs des entreprises, alors qu’ils émettent en réalité beaucoup plus de CO2 que ce qu’indiquent les valeurs officielles. C’est particulièrement vrai pour les véhicules d’entreprises dont les conducteurs disposent souvent de cartes carburant. Ils sont donc peu incités à recharger leur véhicule.
Les détracteurs des véhicules électriques avancent souvent l’argument des batteries qu’on ne pourrait pas recycler. Or, il faut savoir que 90 % des batteries peuvent être recyclées et que le chiffre est de 70 % pour le Lithium contenu d’ici à 2032.
Le vrai problème est que l’on n’a pas assez de batteries. Pour monter une entreprise en capacité de recycler les batteries, de raffiner les métaux recyclés, il faut plus de volume de batteries. Or les batteries existantes aujourd’hui sont très performantes et durent très longtemps. Au bout de 200 000 kilomètres, elles n’ont perdu que 10 % de leur capacité, et peuvent même avoir une seconde vie comme batteries stationnaires. Ce n’est que dans une vingtaine d’années qu’elles vont arriver sur le marché du recyclage. L’autre argument est le prix, or, on a regardé l’augmentation du prix des véhicules thermiques et électriques, tous ont augmenté. Toutes les voitures neuves sont trop chères l’achat pour les ménages. Ce qui fait que 85 % d’entre eux achètent sur le marché de l’occasion.
L’enjeu est donc de faire baisser les prix du neuf, avec l’arrivée de plus petits modèles, mais aussi de trouver plus de voitures électriques sur le marché de l’occasion. Pour cela, il faut que les flottes d’entreprises s’électrifient, car elles représentent la moitie des achats de véhicules neufs en France. II est donc très important qu’elles aient des vrais objectifs d’électrification.
Enfin, concernant les véhicules chinois, il faut savoir que les électriques ont des droits de douane, ce qui n’est pas le cas des hybrides rechargeables. On voit donc plutôt une augmentation des parts de marché de ces modèles. On sait aussi que des entreprises chinoises vont venir produire en Europe pour éviter les droits de douane. Cela peut être positif si ces usines emploient de la main-d’œuvre européenne et s’ils nous transfèrent leur technologie. Plutôt que de regarder la nationalité du constructeur, il faut se poser la question du lieu de production… »
Le Dauphiné 28/12/2025
Rappel : comme tout avis, point de vue, il n’engage que son auteur. MC
Je ne vois pas où il prend ses 10%, les amis qui ont des véhicules électriques n’arrivent pas à les vendre à cause de la baisse de charge de la batterie.
Se précipiter sur l’électrique alors qu’on sait que c’est l’hydrogène qui sera l’avenir, pose problème.