Parcoursup : la sélection ?

Une analyse signée Ludmilla Soron, etudiante en M2 à Sciences Po Paris et chroniqueuse sur les questions d’orientation.

Il est difficile aujourd’hui de dire que Parcoursup est un système égalitaire. Ce que l’on peut dire en revanche, c’est qu’il révèle, qu’il cristallise des difficultés réelles qui ne sont pas liées à cette plateforme d’orientation. Et forcément, il met en avant des inégalités, ne serait-ce que géographiques, d’accès aux formations.

On a 900 000 candidats inscrits en France, et le souci de fond est qu’il n’y a pas assez de places dans les universités. L’outil précédent APB proposait une liste hiérarchisée, l’élève qui n’avait pas son premier vœu passait sur le deuxième et ainsi de suite. On n’avait pas forcément accès à toutes ces données. Aujourd’hui, Parcoursup permet aux étudiants de découvrir des formations. En cela, la plateforme est donc plus simple qu’avant, mais elle donne l’illusion d’une ouverture alors que les taux de sélection sont restés globalement les mêmes. Ils sont peut-être même pires car on a plus de candidats qu’avant.

La principale critique faite à Parcoursup est son manque de transparence, même si les choses se sont améliorées. On a désormais accès à l’open data, aux statistiques exactes, qui permettent aux élèves de se faire une idée plus précise de leurs chances ou non d’intégrer la formation. Pour autant, on a vu depuis quelques années fleurir des écoles privées, qui jouent sur cette carte : « Parcoursup c’est compliqué ».

Ce qui s’est traduit par une fuite d’élèves, pas seulement issus de familles fortunées, vers ces écoles. On sait en effet que beaucoup contractent des prêts étudiants pour intégrer ces écoles qui ne sont pourtant pas de bon niveau. Ces écoles jouent beaucoup sur la détresse des familles, surtout pour des élèves qui, avec des dossiers moyens, sont un peu trop justes pour de grandes écoles mais suffisamment bons quand même pour espérer. Il faut rappeler qu’en France, le choix d’orientation est demandé très tôt, cela convient bien aux élèves qui ont une idée très définie de ce qu’ils veulent faire, mais pas aux autres. On nous demande de choisir une filière très précise : droit, médecine… Alors que dans d’autres pays, aux États-Unis notamment, l’année généraliste après le lycée permet aux élèves de se décider plus tard.

Les parents ont un rôle important dans le dispositif, mais il ne faut pas sous-estimer le rôle des enseignants. Il y a des temps d’orientation prévus en classe et un suivi individuel. Mais un élève qui n’a pas forcément d’accompagnement à la maison peut très vite se retrouver tout seul face à Parcoursup, avec un risque de minimiser ses capacités au moment de formuler les vœux, ou encore de faire des vœux par défaut. L’Éducation nationale vit au rythme des réformes de ses ministres successifs, et parfois certains jouent les apprentis sorciers. Pour les enseignants comme pour les élèves, ce n’est pas toujours évident de se repérer.

Cependant, il ne faut pas noircir le tableau de l’orientation en France : en 2025, 92 % des lycéens ayant formulé au moins un vœu sur la plateforme ont obtenu une proposition d’admission. Beaucoup de mythes restent associés à Parcoursup et s’ajoutent au stress des élèves, qui finissent par entériner l’idée que Parcoursup serait une grande loterie. L’un des problèmes de fond est la mauvaise orientation des élèves.

Beaucoup d’entre eux se retrouvent en terminale avec un dossier scolaire moyen parce qu’ils n’ont pas été orientés plus tôt. Cette réalité est exacerbée au moment de Parcoursup et se traduit par un taux d’abandon important en licence. Les filières professionnelles et technologiques ne sont pas assez valorisées : beaucoup d’élèves sont en difficulté en filière générale alors qu’ils pourraient s’épanouir dans ces filières. Le problème est aussi là.

L’avis de B.H.

Autrefois le bac était une sélection, aujourd’hui avec 90% de réussite le bac n’élimine que les analphabètes. La sélection est une nécessité sociétale, tout le monde ne peut faire professeur de sociologie ! Et avec 90% de candidats ayant le bac, on manque de tous les métiers manuels et on est une société suradministrée.

L’avis de MC.

La réalité dans les départements ruraux, notamment en Ardèche, souligne des défis significatifs pour l’enseignement. Bien que l’enseignement soit proposé dans différentes matières, allant des disciplines manuelles à l’intellectuelle en passant par les scientifiques, ces options se heurtent rapidement aux manques d’entreprises implantées dans le département 07.

Les débouchés sont pour la grande majorité manuels, ce qui limite les perspectives d’avenir pour les élèves qui souhaitent diversifier leurs compétences. En effet, il reste que quelques entreprises dans le nord de la région, tandis que pour le reste, la majorité des employeurs se trouve dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad).
Cette situation crée un paysage professionnel peu attractif, rendant difficile l’orientation des jeunes vers des carrières épanouissantes.

De plus, pour ceux qui souhaitent poursuivre des études « en Fac », les options les plus proches se trouvent à Lyon, Grenoble ou Montpellier. Ce choix s’accompagne de préoccupations logistiques considérables, notamment en matière de logement et de vie quotidienne, qui peuvent devenir des obstacles majeurs pour les étudiants originaires de zones rurales, limitant ainsi leur capacité à continuer leur parcours académique dans de meilleures conditions.


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