Enjeux nationaux…
Le pourcentage, dévoilé en juillet, avait de quoi flatter les maires en place : 73 % des Français (1) jugeaient excellent ou bon le bilan de leur maire. À moins d’un an des élections municipales, qui auront lieu les 15 et 22 mars, ce jugement très positif des Français sur les exécutifs locaux, élus en 2020, était très rassurant. « Plus la commune est petite, plus le niveau de confiance au maire est grand », détaillait alors Martial Foucault, professeur à Sciences Po.
Mais même dans les villes de plus de 100 000 habitants, ils sont 60 % à approuver le travail de l’équipe élue, il y a près de six ans. C’est moins que dans les petites communes (78 %), mais cela reste très haut à un moment où les responsables politiques sont globalement malaimés de leurs concitoyens. Conséquence : 58 % des Français veulent voir leur maire réélu, selon la même étude. Instabilité au niveau national, stabilité dans sa ville : la proximité sied à la démocratie. Mais ce n’est pas une surprise. La fameuse « prime aux sortants n’est pas anodine ». En 2020, 60 % des maires ont été réélus dès le premier tour, même si ce pourcentage est à relativiser en raison du contexte de pandémie qui a eu un impact sur la participation.
Un vote local ou national ?
La prime au sortant, c’est le fait d’être reconnu localement pour ses réalisations, donc son bilan, et sa politique. C’est ensuite accentué ou atténué par le quotient individuel. « La prime au sortant joue pour le premier et le deuxième mandat. Au bout du troisième, il y a une certaine usure. Et c’est là que le quotient individuel peut avoir un impact, en gommant ou renforçant cette usure », explique Bruno Cautres, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof).
En 2026, avec des scrutins organisés dans un contexte d’instabilité politique, l’une des interrogations des municipales est de savoir si le prisme local l’emportera sur le prisme national dans le choix des électeurs. Le prisme local favorise la prime au sortant. Le prisme national explique les grandes vagues, souvent constatées lors des soirées électorales, comme la vague bleue de droite en 2014 ou la vague verte écologiste en 2020.
La récente enquête d’Opinion Way (2) montre que la situation nationale comptera dans le vote de 60 % des Français. C’est beaucoup. Mais on voit également que plus la commune est grande, plus l’impact national est important : 72 % des habitants des métropoles réfléchiront leur bulletin de vote en fonction du national et 51 % de ceux qui résident dans une commune de moins de 2 000 habitants.
L’appartenance partisane absente
« Il y a forcément des mécanismes qui ne jouent pas de la même manière dans les grandes villes et dans les petites communes », confirme Bruno Cautrès. « Les maires des grandes agglomérations sont souvent des politiques nationaux encartés dans un parti. Donc avoir un logo politique sur une affiche électorale accentue la dimension nationale », ajoute l’enseignant-chercheur.
C’est la raison pour laquelle, y compris dans les grandes villes, certains candidats n’indiqueront pas leur appartenance partisane sur les bulletins de vote. C’est une façon pour eux de tenter de mettre leur investissement personnel au-dessus de leur couleur politique.
Est-ce que le 15 mars, les électeurs se réfugieront dans un scrutin interprété de manière municipale, en élisant une équipe et un projet structurant pour leur territoire ? Ou le climat national et la volonté de changement prendront-ils le dessus, surtout à un an de l’élection présidentielle ? On sait que les responsables des partis politiques misent beaucoup sur ces scrutins locaux pour en faire une rampe de lancement pour la présidentielle.
C’est encore trop tôt pour le dire », assure Bruno Cautrès. Les électeurs en décideront les 15 et 22 mars.
Nathalie Mauret. Le Dauphiné. 24/01/2026
(1) Enquête Cevipof pour FAME réalisée par Ipsos, auprès de 6034 électeurs entre le 16 et le 23 juin 2025
(2) Réalisée auprès de 1901 personnes inscrites sur les listes électorales entre le 6 et le 8 janvier 2026.