Deux décennies de blocage, et enfin une éclaircie.
La France s’apprête à tourner la page du long bras de fer qui l’oppose à Bruxelles sur ses barrages hydroélectriques, piliers discrets, mais stratégiques de son mix énergétique.
Mardi 13/01/2026, une proposition de loi transpartisane déposée à l’Assemblée nationale est venue concrétiser la solution âprement négociée cet été entre Paris et la Commission européenne : un changement de régime juridique pour les principaux barrages hydroélectriques, destine à desserrer l’étau européen, sans entamer la souveraineté énergétique française.
« Ça en a mis du temps, nous partions de très loin », reconnait Marie-Noëlle Battistel, députée socialiste de l’Isère et corapporteuse de ce texte avec le députe MoDem du Maine-et-Loire Philippe Bolo. Première source d’énergie renouvelable (13,9 % de la production électrique hexagonale en 2024, juste derrière le nucléaire), la houille blanche française repose essentiellement sur 340 grands barrages, tous, propriété de l’État. Leur exploitation est aujourd’hui concédée à EDF, qui détient plus de 80 % de la production, ainsi qu’à Engie via la Compagnie nationale du Rhône (CNR) et la Société hydroélectrique du Midi (Shem).
Cette position ultra-dominante d’EDF irrite depuis près de vingt ans la Commission, qui reproche à Paris l’absence de mise en concurrence des concessions de ses barrages hydroélectriques. Une situation qui a valu l’ouverture de deux pré-contentieux européens en 2015 et en 2019 à l’encontre de la France, le gel du renouvellement des concessions échues et une menace d’astreinte pouvant atteindre 720 000 euros par jour.
« Le deuxième pilier électrique du pays sous cloche »
Faute de visibilité sur l’avenir de leurs concessions, les exploitants ont arrêté depuis près de dix ans d’engager des investissements lourds, pourtant indispensables pour moderniser un parc vieillissant. On a mis sous cloche le deuxième pilier électrique du pays, cingle Philippe Bolo. Avec une épée de Damoclès juridique au-dessus de la tête des exploitants, personne n’investit. Aussi politique que juridique, la solution retenue par le duo Battistel-Bolo propose de sortir du régime concessif actuel pour basculer vers un régime d’autorisation spécifique, sans transfert de propriété comme c’est le cas habituellement. Une façon de maintenir les exploitants historiques en place tout en préservant le contrôle public sur les ouvrages.
« Nous avons inventé un régime sur mesure pour l’hydroélectricité », synthétise Marie-Noëlle Battistel. Le texte prévoit toutefois des mesures compensatoires destinées à répondre aux exigences de la Commission européenne. EDF devra ainsi mettre à disposition de ses concurrents six gigawatts (GW) par an de capacités hydroélectriques dites « virtuelles », commercialisées via des enchères et placées sous le contrôle de la Commission de régulation de l’énergie.
Il fallait des garde-fous
Un mécanisme qui a suscité des réserves, notamment chez Les Écologistes qui étaient favorables à l’instauration d’une quasi-régie publique. Malgré ces réserves, le compromis semble emporter tine large adhésion.
C’est une solution capable de rassembler, appuie Jean-Damien Navarro, responsable du Collectif hydraulique fédéral et délégué FNME-CGT chez EDF. Il fallait des garde-fous, mais l’essentiel est préservé. Car l’urgence était de sortir de l’immobilisme. En cas de vote favorable de ce texte, la Commission a promis de lever les contraintes, permettant aux exploitants de relancer leurs investissements massifs. Les barrages pourront ainsi « produire beaucoup plus et surtout mieux » se félicite Philippe Bolo, grâce surtout au développement des stations de transfert d’énergie par pompage (Step).
Sans inonder le moindre m2
À titre d’exemple, la Step de Grand’Maison, centrale hydroélectrique iséroise la plus puissante de France, peut mobiliser jusqu’à 1 800 MW en seulement trois minutes, soit l’équivalent de la consommation des habitants de Lyon, Grenoble et Chambéry.
« EDF a de nombreux projets de Step. Les trois quarts peuvent être réalisés très rapidement, sans inonder un seul mètre cane ni modifier l’emprise des terrains, rapporte Jean-Damien Navarro, qui voit dans le texte Battistel-Bolo la possibilité d’un nouveau départ. Cela donnait 1’impression d’avoir le doigt coincé dans la porte depuis vingt ans. Il me tardait que quelqu’un l’ouvre ».
Article signé des initiales M.R.-P. Le Dauphiné. 15/01/2026
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