Comment les gouvernements successifs ont-ils pu laisser la domination de l’argent à ce point de cassure…
Lundi 8 décembre, Quentin Mathieu, économiste agricole au think tank Agridées, était l’invité du 11h/13h de franceinfo. Il dresse un bilan assez alarmiste de la situation agricole en France.
Flore Maréchal : On a l’habitude de dire, en parlant de la France que c’est la plus grande ferme d’Europe. Une surface agricole de 28 300 000 hectares en 2022. Pourtant, de l’élevage à la viticulture en passant par les céréales, tous les secteurs, aujourd’hui en tout cas, sont en difficulté.
Quentin Mathieu : Oui, tout à fait.
Aujourd’hui, la situation économique est très préoccupante. Au cours des dix dernières années, la ferme de France avait un excédent entre 5 et 10 milliards d’euros. Maintenant, nous avons un déficit de 350 millions d’euros sur les neuf premiers mois de l’année. Nos piliers de compétitivité agricole sont affaiblis, surtout dans les secteurs performants à l’exportation.
Les céréales sont en baisse, la viticulture est affectée par des conflits géopolitiques et des sanctions, et bien que les produits laitiers soient encore excédentaires, ils montrent des fragilités, notamment avec le beurre. Nos déficits structurels s’aggravent, comme pour les fruits, légumes et volailles.
Nous importons plus de la moitié des fruits et légumes, plus de la moitié des poulets, 60 % de notre viande bovine, 60 % de notre miel, 65 % de nos pâtes, 80 % de nos produits de la mer, 25 % de nos bœufs. Comment en est-on arrivé là ?
Il y a plusieurs facteurs qui peuvent expliquer ce phénomène. En fonction de chaque filière, il y a des spécificités sectorielles à devoir mettre en avant. On a beaucoup parlé, lors des manifestations agricoles, des problèmes d’écart de compétitivité, notamment au sein de l’Europe. Il y a des distorsions de concurrence très importantes.
On consomme plus ou on produit moins qu’avant ?
On continue à produire, mais certains produits sont moins consommés, comme la volaille. On en mange plus qu’avant, mais le nombre de poulaillers est resté stable ces dernières années, ce qui crée un déséquilibre. De plus, il y a de moins en moins d’industries. Nous exportons des produits bruts que nous réimportons transformés, alors que nous avons toutes les matières premières pour répondre aux besoins alimentaires des consommateurs français.
Pourquoi ? Est-ce un manque de compétences ? Pourquoi ne produisons-nous pas nos propres produits transformés ?
Nous avons les compétences et la technicité, que ce soit chez nos agriculteurs ou nos industries. Cependant, le mot « production » pose problème. Nous ne pouvons plus produire et installer des entreprises en France à cause de multiples contraintes, qu’elles soient fiscales, réglementaires ou normatives. Cela ralentit l’installation et l’agrandissement, tandis que les consommateurs continuent d’évoluer dans leurs pratiques et leur mode de consommation.
Les agriculteurs sont inquiets pour l’avenir à cause de la dermatose nodulaire bovine et de l’accord sur le Mercosur. Il est urgent de réduire les contraintes et la pression sur eux, notamment en facilitant l’installation des jeunes agriculteurs. Cela ne signifie pas supprimer toutes les normes environnementales, mais plutôt leur fournir les moyens modernes et technologiques pour rester compétitifs et relancer la production.
Vous parliez aussi des produits et des normes. En l’occurrence, il faut développer les produits alternatifs aux phytosanitaires. Mais ça signifie que si on veut rentrer dans nos règles, il va falloir qu’on ait des outils adaptés. C’est ce qu’on entend aussi de la bouche des agriculteurs.
Un texte européen récent sur les techniques génomiques permettra de surmonter des obstacles pour les cultures végétales, avec des technologies déjà en usage ailleurs. Bien que des ajustements restent à faire au sein des instances parlementaires européennes, cette évolution pourrait renforcer notre capacité à reconquérir nos marchés, alors que notre position d’exportateur agroalimentaire a chuté de la 2ème à la 6ème place, avec des déficits observés récemment.
Depuis un demi-siècle, la France a progressé vers l’autosuffisance alimentaire avec d’importants cheptels bovins, volailles et porcins, ainsi qu’une production excédentaire de céréales. Cependant, il existe un problème concernant les flux d’exportation et l’appareil de transformation industrielle, notamment pour la volaille, où une grande partie des produits consommés est importée, en raison du manque d’outils pour transformer efficacement les volailles en produits demandés.
La Pologne, avec des produits plus compétitifs, représente une forte concurrence malgré la disponibilité des matières premières en France.
Synthèse d’une émission Voir la vidéo et texte original
L’avis de R. T.
La situation agricole réelle m’apparaît beaucoup mieux ici, comme « Un modèle destructeur, et à bout de souffle » : « Malheureusement, la « transition agricole » promise s’est dissoute dans la rentabilité à court-terme des “champions” agro-industriels. Résultat : en cinquante ans, la France a perdu trois-quarts de ses agriculteurs. Rien qu’en dix ans, 100 000 fermes ont été rayées du paysage, et d’ici 2030, un quart des exploitants partiront à la retraite, souvent sans repreneur. Il est devenu patent que le modèle agro-industriel, fondé sur l’extrême concentration, l’endettement et la dépendance aux intrants, détruit tant la profession paysanne que l’environnement et la santé publique. Le tout avec la bénédiction de l’État et des institutions censées protéger les agriculteurs. »
En lire plus dans cette tribune très explicite… et mesurer la gravité des conséquences, par un collectif de personnalités de premier plan : https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/091225/desobeissance-civile-face-l-agro-industrie-semons-la-resistance
L’avis de R.B.
Article des plus pertinents. Comme dans d’autres domaines, on a le sentiment que notre pays n’existe plus en tant que tel mais est inséré dans une mécanique globale à faire du « pognon » sans considérations sociales, sanitaires ou environnementaux.
Le désarroi du Citoyen et de la Citoyenne est grand.
Ça se résume par » débrouille-toi » même au détriment d’autrui. Maxime qui ne peut que conduire qu’à la violence des rapports sociaux et sociétaux.
RBLAPLUME
Certains produits sont moins consommés comme les volailles. Mais on en mange plus qu’avant.
J’ai du mal à comprendre. Cela dit cet article est très pertinent