Météo – Désinformation massive 

… comment les médias privés aggravent la crise climatique

Des chaînes de télévision et des radios sont minées par la désinformation sur le climat, révèle un rapport publié le 22 octobre. Certains médias sont des « relais proactifs », via leurs invités et même leurs journalistes.

La désinformation climatique se porte à merveille dans les médias grand public français. Entre janvier et août, quelque 529 cas de mésinformation climatique (terme comprenant la désinformation potentiellement involontaire, sans intention de nuire démontrée) ont été relevés sur les principales chaînes de télévision et radio françaises par les ONG Quota Climat, Data for Good et Science Feedback, révèle leur rapport publié le 22 octobre.

Il ressort de leur travail de veille que certains médias audiovisuels sont beaucoup plus coupables de désinformation que d’autres : parmi les chaînes d’information en continu notamment, les chaînes privées sont six fois plus « exposées aux narratifs de désinformation climatique » que l’audiovisuel public.

Sans surprise, CNews, la chaîne d’info du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré, concentre le pire de la télé sur le sujet : un cas de désinformation par heure d’information consacrée au climat y a été détecté. Trois radios sont également des relais puissants de désinformation : Sud Radio fait même pire que CNews, avec un cas de désinformation toutes les quarante minutes, d’après le rapport.

Viennent ensuite Europe 1 et RMC, dont la fréquence d’exposition à la mésinformation climatique est à peine moins catastrophique que pour CNews, avec 0,8 à 0,6 cas de mésinformation par heure d’information consacrée au climat. Ensemble, ces quatre médias sont considérés par le rapport comme les « relais proactifs » de la désinformation climatique. Un peu moins mauvaise que ses concurrentes, LCI est quant à elle cataloguée comme un « vecteur permissif » de désinformation.

L’ère du « nouveau déni climatique »

À l’inverse, les « chaînes de télévision généralistes (TF1, M6, France 2, France 3) ainsi que l’audiovisuel public (France Télévisions, Radio France, RFI) constituent les remparts les plus actifs contre la désinformation climatique », écrivent les ONG.

Une différence notable est également observée entre le public et le privé : alors que dans l’audiovisuel public, les cas de désinformation identifiés sont presque systématiquement le fait d’invités (à 92 %), dans le secteur privé, les propos erronés ou trompeurs sont tenus dans 46 % des cas par des journalistes ou des chroniqueurs.

Cette médiocrité de l’information climatique contribue à alimenter ce que des chercheurs, notamment le Center for Countering Digital Hate, appellent le « nouveau déni » climatique.

Les données montrent, en outre, que la désinformation se concentre sur des moments précis : elle a triplé cet été par rapport au début de l’année, et a connu des pics corrélés à des moments de débats climatiques clés. Par exemple, lors de la prise de mandat de Donald Trump, lors du vote sur les zones à faibles émissions à l’Assemblée nationale ou encore lors de la canicule estivale, parasitée par les débats bourrés de désinformation sur la climatisation.

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Pour lutter contre cette dynamique délétère, les ONG recommandent d’agir sur trois leviers identifiés. Former « les journalistes exposés au direct et les rédactions au sens large » à ces enjeux et stratégies de désinformation ; protéger les journalistes indépendants, « les médias d’intérêt public et les conditions de production d’une information fiable, intègre et suffisante » ; et réguler la désinformation climatique, « pour sortir du régime d’impunité actuelle ».

Sur ce dernier point, le rapport soutient une proposition de loi transpartisane, mais controversée, qui permettrait de sanctionner les propos climatosceptiques.


Vincent Lucchese. Reporterre (Extraits – lire l’original, lecture libre, mais…)


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